ALFRED.

J'extrais des lettres que je reçus de ma femme à cette date les passages

qui suivent:

Paris, 12 novembre 1896.

Je viens de recevoir tes bonnes lettres des 3 et 5 octobre; je suis

encore tout impressionnée et heureuse de m'être laissée aller quelques

instants à l'émotion si douce que me causent tes paroles. Je t'en

prie, mon mari bien-aimé, ne pense pas à ma douleur, aux souffrances

que je puis endurer; comme je te l'ai déjà dit, ma personnalité n'est

que secondaire et je serais navrée d'ajouter encore par mes plaintes

une douleur de plus à tes tortures. Ne te préoccupe donc pas de moi;

tu as besoin de toutes tes forces, de tout ton courage, pour résister

à cette lutte morale, si pénible, si dure, pour ne pas te laisser

déprimer par la fatigue physique, par le climat, par les privations de

toutes sortes qui te sont imposées.

Paris, 24 novembre 1895.

Je voudrais pouvoir venir causer avec toi tous les jours... Mais à

quoi bon répéter constamment les mêmes choses? Je sais très bien que

mes lettres se ressemblent, qu'elles sont toutes imprégnées de la même

idée, l'unique idée qui nous occupe tous, celle dont dépendent nos

vies, celles de nos enfants, l'avenir de toute une famille. Comme toi,

je ne puis m'attacher qu'à une chose, à ta réhabilitation, je ne

poursuis qu'un but, celui de te faire rendre ton honneur; en dehors de

cette pensée fixe, qui me hante, rien ne m'intéresse, rien ne me

touche...

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 129 / 171 题