12 mars 1896.

Je viens de recevoir enfin mon courrier. Toujours rien, hélas!

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Extraits des lettres de ma femme reçues à cette date:

Paris, 1er janvier 1896.

Cette journée du 1er janvier est encore plus longue, plus pénible.

Pourquoi? je me le demande; les raisons de souffrir sont les mêmes,

qu'il fasse jour, qu'il fasse nuit; tant que ton innocence ne sera pas

reconnue, le poids qui nous oppresse est trop lourd pour que nous

puissions prendre part à la vie extérieure et faire une différence

entre les jours quels qu'ils soient. Et cependant nous sommes sous une

impression plus triste encore. Sans doute, cela tient à ce que ces

journées, chez des êtres qui s'aiment tendrement, sont des moments de

très grand bonheur, de grande joie, et nous, si malheureux, si

cruellement atteints, nous éprouvons plus vivement encore le besoin de

nous rapprocher, de nous soutenir et de maintenir nos forces par une

solide affection...

Paris, 7 janvier 1896.

Je viens de recevoir tes lettres. Comme toujours elles m'ont remuée

jusqu'au plus profond de l'âme; ma joie et mon émotion sont intenses

lorsque j'aperçois ta chère écriture, lorsque je me pénètre de ta

pensée...

Tes lettres montrent une grande énergie, mais comme je sens percer ton

impatience et comme je la comprends. Comment pourrait-il en être

autrement? Livré à toi-même, dans un isolement complet, rongé

continuellement par des angoisses atroces, ne connaissant rien de

l'infamie commise et qui nous rend si malheureux, arraché à tous les

tiens en plein bonheur, la situation est certes la plus épouvantable

qui puisse exister!...

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 110 / 171 题