15 novembre 1895.

J'ai enfin reçu mon courrier. Le coupable n'est pas encore découvert.

Enfin, j'irai jusqu'au bout de mes forces qui déclinent chaque jour;

c'est une lutte incessante pour pouvoir résister à cet isolement

profond, à ce silence perpétuel, sous un climat qui abat toute énergie,

n'ayant rien à faire, rien à lire, en tête à tête avec mes tristes et

décevantes pensées.

*

* *

Quelques extraits des lettres de ma femme, que je reçus le 15 novembre

1895:

Paris, 5 septembre 1895.

Que de longues heures, que de pénibles journées nous avons traversées

depuis le jour où le malheur effroyable est venu nous atterrer comme

un coup de massue! Espérons que nous avons enfin gravi le plus dur de

notre calvaire; nous avons traversé les plus atroces angoisses, nous

avons trouvé en notre conscience la force de supporter le plus pénible

des martyres; Dieu qui nous a si cruellement éprouvés nous donnera la

volonté d'accomplir jusqu'au bout notre devoir...

Je comprends tes angoisses et je les partage; comme toi j'ai des

moments terribles où la patience m'échappe, tant je trouve le temps

long et les heures d'attente cruelles, mais alors je pense à toi, au

bel exemple de courage et de volonté que tu me donnes et je puise des

forces dans ton amour...

Paris, 25 septembre 1895.

C'est la dernière lettre que je t'écris avant de t'expédier ce

courrier; je fais des voeux ardents pour qu'il te trouve en bonne

santé et toujours fort et courageux; je ne puis venir te rejoindre, je

n'ai pas encore l'autorisation. Pour moi cette attente est cruelle, et

c'est une amère déception à ajouter à tant d'autres...

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 76 / 171 题