27 septembre 1895.

Un supplice pareil finit par dépasser la limite des forces humaines.

C'est renouveler chaque jour les angoisses de l'agonie, c'est faire

descendre un innocent tout vivant dans la tombe.

Ah! je laisse leurs consciences comme juges à ceux qui m'ont fait

condamner sur une preuve d'écriture, sans preuves tangibles, sans

témoins, sans mobile pour faire concevoir un acte aussi infâme.

Si encore, après ma condamnation, comme on me l'a promis au nom du

ministre de la Guerre, on avait poursuivi résolument, activement les

recherches pour démasquer le coupable!

Et puis, il y a la voie diplomatique.

Un gouvernement a tous les moyens nécessaires pour éclairer un pareil

mystère; c'est son devoir strict et absolu.

Ah! l'humanité, avec ses passions et ses haines, avec ses laideurs

morales!

Ah! les hommes, avec leurs intérêts personnels qui les guident! peu leur

importe tout le reste.

De la justice! C'est bon quand on a le temps, ou que cela ne gêne pas,

ne nuit à personne!

Parfois je suis tellement écoeuré, tellement las, que j'ai envie de

m'étendre, de me laisser aller et d'en finir ainsi avec la vie, sans y

porter atteinte moi-même, car ce droit, hélas! je ne l'ai, je ne l'aurai

jamais.

Ce supplice devient trop horrible.

Il faut que cela finisse. Il faut que ma femme fasse entendre sa voix,

la voix d'innocents qui demandent justice.

Si je n'avais que ma vie à disputer, je ne lutterais certes pas ainsi;

mais c'est pour mon honneur que je vis, et je lutterai pied à pied.

Les peines du corps ne sont rien, celles du coeur sont atroces.

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 65 / 171 题