De la prison de la Santé:
Mercredi 9 janvier 1895.
... Vraiment, quand j'y pense encore, je me demande comment j'ai pu
avoir le courage de te promettre de vivre après ma condamnation. Cette
journée du samedi reste dans mon esprit gravée en lettres de feu. J'ai
le courage du soldat qui affronte le danger en face, mais hélas!
aurai-je l'âme du martyr?...
Je vis d'espoir, je vis dans la conviction qu'il est impossible que la
vérité ne se fasse pas jour, que mon innocence ne soit pas reconnue et
proclamée par cette chère France, ma patrie...
Jeudi 10 janvier 1895.
Depuis ce matin deux heures, je ne dors plus, dans l'attente où je
suis de te voir aujourd'hui. Il me semble que j'entends déjà ta voix
chérie me parler de nos chers enfants, de nos chères familles... et
si je pleure, je n'en ai pas honte, car le martyre que j'endure est
vraiment cruel pour un innocent...