La première entrevue avait eu lieu dans le parloir de la prison. Elle
avait revêtu par les circonstances un caractère si tragique que le
commandant Forzinetti demanda et obtint l'autorisation de me laisser
voir ma femme dans son cabinet, lui étant présent.
Ma femme vint me voir une seconde fois; c'est alors que je lui fis la
promesse de vivre et d'affronter courageusement la douleur de la lugubre
cérémonie qui m'attendait. A la suite de sa visite, je lui écrivis:
«Je suis plus calme, ta vue m'a fait du bien. Le plaisir de
t'embrasser pleinement et entièrement m'a fait un bien immense.
«Je ne pouvais attendre ce moment. Merci de la joie que tu m'as
donnée.
«Comme je t'aime, ma bonne chérie! Enfin espérons que tout cela aura
une fin. Il faut que je conserve toute mon énergie.»
Je vis aussi quelques instants mon frère Mathieu, dont je connaissais
l'admirable dévouement.
Le jeudi 3 janvier 1895, j'appris que le supplice était pour le
surlendemain.
Jeudi matin.
On m'apprend que l'humiliation suprême est pour après-demain. Je m'y
attendais, j'y étais préparé, le coup a cependant été violent. Je
résisterai, je te l'ai promis. Je puiserai les forces qui me sont
encore nécessaires dans ton amour, dans l'affection de vous tous, dans
le souvenir de mes enfants chéris, dans l'espoir suprême que la vérité
se fera jour. Mais il faut que je sente votre affection à tous
rayonner autour de moi, il faut que je vous sente lutter avec moi.
Continuez donc vos recherches sans trêve ni repos...