ALFRED.

La première entrevue avait eu lieu dans le parloir de la prison. Elle

avait revêtu par les circonstances un caractère si tragique que le

commandant Forzinetti demanda et obtint l'autorisation de me laisser

voir ma femme dans son cabinet, lui étant présent.

Ma femme vint me voir une seconde fois; c'est alors que je lui fis la

promesse de vivre et d'affronter courageusement la douleur de la lugubre

cérémonie qui m'attendait. A la suite de sa visite, je lui écrivis:

«Je suis plus calme, ta vue m'a fait du bien. Le plaisir de

t'embrasser pleinement et entièrement m'a fait un bien immense.

«Je ne pouvais attendre ce moment. Merci de la joie que tu m'as

donnée.

«Comme je t'aime, ma bonne chérie! Enfin espérons que tout cela aura

une fin. Il faut que je conserve toute mon énergie.»

Je vis aussi quelques instants mon frère Mathieu, dont je connaissais

l'admirable dévouement.

Le jeudi 3 janvier 1895, j'appris que le supplice était pour le

surlendemain.

Jeudi matin.

On m'apprend que l'humiliation suprême est pour après-demain. Je m'y

attendais, j'y étais préparé, le coup a cependant été violent. Je

résisterai, je te l'ai promis. Je puiserai les forces qui me sont

encore nécessaires dans ton amour, dans l'affection de vous tous, dans

le souvenir de mes enfants chéris, dans l'espoir suprême que la vérité

se fera jour. Mais il faut que je sente votre affection à tous

rayonner autour de moi, il faut que je vous sente lutter avec moi.

Continuez donc vos recherches sans trêve ni repos...

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 27 / 171 题