Je viens d'avoir, dans mon immense chagrin, la joie d'avoir de tes
nouvelles, d'entendre parler Me Demange dans des termes si chauds, si
cordiaux, que mon pauvre coeur en a été réconforté.
Tu sais si je t'aime, si je t'adore, mon bien cher mari; notre immense
malheur, l'horrible infamie dont nous sommes l'objet ne font que
resserrer encore les liens de mon affection.
Partout où tu iras, où l'on t'enverra, je te suivrai; à deux nous
supporterons plus facilement l'expatriement, nous vivrons l'un pour
l'autre...; nous élèverons nos enfants, nous leur donnerons une âme
bien trempée contre les vicissitudes de la vie.
Je ne puis me passer de toi, tu es ma consolation; la seule lueur de
bonheur qui me reste est de finir mes jours à tes côtés. Tu as été un
martyr, et tu as encore horriblement à souffrir. La peine qui va
t'être infligée est odieuse. Promets-moi que tu la supporteras
courageusement.
Tu es fort de ton innocence; imagine-toi que c'est un autre que
toi-même que l'on déshonore, accepte le châtiment immérité, fais-le
pour moi, pour ta femme qui t'adore. Donne-lui ce témoignage
d'affection, fais-le pour tes enfants; ils t'en seront reconnaissants
un jour. Ils t'embrassent bien et demandent beaucoup leur papa, ces
pauvres petits.