23 décembre, soir.

Je viens d'avoir, dans mon immense chagrin, la joie d'avoir de tes

nouvelles, d'entendre parler Me Demange dans des termes si chauds, si

cordiaux, que mon pauvre coeur en a été réconforté.

Tu sais si je t'aime, si je t'adore, mon bien cher mari; notre immense

malheur, l'horrible infamie dont nous sommes l'objet ne font que

resserrer encore les liens de mon affection.

Partout où tu iras, où l'on t'enverra, je te suivrai; à deux nous

supporterons plus facilement l'expatriement, nous vivrons l'un pour

l'autre...; nous élèverons nos enfants, nous leur donnerons une âme

bien trempée contre les vicissitudes de la vie.

Je ne puis me passer de toi, tu es ma consolation; la seule lueur de

bonheur qui me reste est de finir mes jours à tes côtés. Tu as été un

martyr, et tu as encore horriblement à souffrir. La peine qui va

t'être infligée est odieuse. Promets-moi que tu la supporteras

courageusement.

Tu es fort de ton innocence; imagine-toi que c'est un autre que

toi-même que l'on déshonore, accepte le châtiment immérité, fais-le

pour moi, pour ta femme qui t'adore. Donne-lui ce témoignage

d'affection, fais-le pour tes enfants; ils t'en seront reconnaissants

un jour. Ils t'embrassent bien et demandent beaucoup leur papa, ces

pauvres petits.

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 16 / 171 题