ALFRED.

La veille de l'ouverture des débats j'écrivis à ma femme la lettre

suivante; elle exprime toute la confiance que j'avais dans la loyauté

et la conscience des juges.

J'arrive enfin au terme de mes souffrances, au terme de mon martyre.

Demain je paraîtrai devant mes juges, le front haut, l'âme tranquille.

L'épreuve que je viens de subir, épreuve terrible s'il en fut, a épuré

mon âme. Je te reviendrai meilleur que je n'ai été. Je veux te

consacrer, à toi, à mes enfants, à nos chères familles, tout ce qui me

reste à vivre.

Comme je te l'ai dit, j'ai passé par des crises épouvantables. J'ai eu

de vrais moments de folie furieuse à la pensée d'être accusé d'un

crime aussi monstrueux.

Je suis prêt à paraître devant des soldats, comme un soldat qui n'a

rien à se reprocher. Ils verront sur ma figure, ils liront dans mon

âme, ils acquerront la conviction de mon innocence comme tous ceux qui

me connaissent.

Dévoué à mon pays auquel j'ai consacré toutes mes forces, toute mon

intelligence, je n'ai rien à craindre. Dors donc tranquille, ma

chérie, et ne te fais aucun souci. Pense seulement à la joie que nous

éprouverons à nous trouver bientôt dans les bras l'un de l'autre, à

oublier bien vite ces jours tristes et sombres...

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 10 / 171 题