PLANCHE XXXIV.
(_LII, t. IV de l'Edition royale_.)
Ce tableau, d'un goût fantasque, faisait encore partie d'une décoration.
La scène paraît se passer devant une grotte et sur une rive favorable
aux plaisirs du bain. Une grande voile suspendue à l'arbre qui s'élance
du sommet d'un rocher, offre un abri contre les rayons du soleil.
Des guirlandes de feuillage décorent la voûte, où l'on voit plusieurs
statues, de grandeur inégale, posant sur des tables et sur des soutiens
d'une autre espèce. Ce sont probablement les statues des divinités
locales de ce rivage; leurs symboles se rapportent à cette explication:
l'une d'elles a une corbeille et un bâton recourbé; un peu plus loin,
on voit un _pedum_ et un thyrse; les bandelettes qui décorent l'arbre
desséché et les deux colonnes, témoignent la piété des habitans. Le
sujet principal du tableau paraît être la nymphe ou la jeune fille
surprise par une Divinité champêtre. Son attitude exprime la pudeur et
son embarras; à demi-nue, elle retient ses vêtemens sur ses genoux. Le
Dieu, caractérisé par la couronne de roseaux, le _pedum_ et une peau de
panthère, semble la supplier: on peut le considérer avec ces attributs,
comme le Dieu du fleuve, ou plutôt comme un Sylvan, divinité rustique de
la contrée.
Hauteur, 7 p.º--Largeur, 9 p°.
PLANCHE XXXV.
(_LV, t. IV de l'Edition royale_.)
Ces petites figures gracieuses, renfermées dans leurs câdres par
compartimens et d'autres semblables, décoraient les parois d'une salle
découverte dans les fouilles de _Gragnano_, en 1759. Leur disposition et
les ornemens accessoires imitaient l'ensemble d'un pavé en mosaïque; cet
art précieux qui, peut-être, a précédé la peinture, lui a souvent fourni
des modèles: on peut en juger par le rapport qu'on trouve entre les
ouvrages en mosaïques et des peintures du genre de la décoration. C'est
ainsi qu'une mosaïque, d'une délicatesse exquise, conservée au Musée
royal de _Portici_, s'est trouvée répétée dans une peinture qui en
offre la copie exacte. Les enfans aîlés et les nymphes qu'on voit
ici, disposés alternativement, et qui font le sujet de la plupart des
mosaïques, dans les tombeaux, les thermes, les salles triclinaires et
les basiliques, peuvent être considérés comme les génies des Divinités
qui s'intéressent à l'existence des mortels. Le plus souvent ces génies
font allusion aux mystères de Bacchus, au culte de Vénus, et à la
recherche de toutes sortes de voluptés. Ici, l'un des enfans tient
un sceptre, ou peut-être le fût d'un flambeau; un autre une lyre; le
troisième paraît figurer une danse. La première nymphe tient l'oiseau de
Junon; la seconde un écrin ouvert, et la dernière une sorte de feuille
servant d'aspersoir ou d'éventail.
Hauteur, 1 P. 6 p°. 10 lig.--Largeur, 2 P. 3 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXVI.
(_LXI, t. IV de l'Edition royale_.)
Cette peinture, très-altérée, nous offre une scène semblable à celle
d'Andromède, délivrée par Persée (_voy. planche XIX de ce volume_); mais
les caractères du Héros libérateur paraissent mieux convenir à Hercule
délivrant Hésione, la fille du parjure Laomédon. Les rochers escarpés,
les arbres dépouillés rendent le rivage affreux; la princesse est
attachée les bras étendus; son libérateur s'avance dans les flots, prêt
à frapper le monstre de sa massue. Cette femme qui s'enfuit, est sans
doute l'une des compagnes de la belle Troyenne, effrayée l'aspect du
monstre suscité par Neptune; peu rassurée dans sa terreur par le secours
du Héros, elle jette sur son amie un regard douloureux comme un dernier
adieu.
Hauteur, 11 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 2 p°. 4 lig.
PLANCHE XXXVII.
(_LXII, t. IV de l'Edition royale_.)
Le tableau précédent a paru nous offrir l'aventure d'Hésione; celui-ci
appartient à la même histoire. Il représente ce qui s'était passé
auparavant, et il nous retrace le péril de la princesse, comme l'autre
nous en a montré la délivrance. Le fond de la scène représente les murs
de Troie; derrière s'élève le mont Ida. La princesse nue est conduite
à la mer par une matrone, sa mère ou sa nourrice. Hercule, armé de sa
massue, lui promet son secours. Télamon, compagnon du Héros dans cette
entreprise, s'avance chargé d'un bloc énorme, prêt à écraser le monstre
qui paraît sur les flots. Le paysage est peint avec vérité; les figures,
d'un coloris incertain, ne paraissent qu'ébauchées.
Hauteur, 11 p°.--Largeur, 10 p°. 8 lig.
PLANCHE XXXVIII.
(_LXIII, t. IV de l'Edition royale_.)
On ne connaît point de monument antique qui représente l'aventure
de Dédale et d'Icare avec autant de précision qu'on le voit ici.
L'imprudent jeune homme est étendu sur le rivage de la mer, laquelle il
a donné son nom; l'une de ses aîles détachées est à ses pieds; son père
le regarde avec douleur en planant dans les airs. Un personnage demi-nu,
assis sur un rocher et tenant un long roseau, rappelle ce pêcheur dont
Ovide peint avec élégance l'étonnement naïf (_liv. VIII, v. 217_.) On
voit en mer une barque avec deux rameurs; sur un rocher s'élève un
petit monument ressemblant à un temple _monoptère_: il fait, sans doute,
allusion à ces monumens qui ornaient, dans les temps anciens, les lieux
élevés, et qui étaient consacrés assez ordinairement à Diane, à
Mercure, à Vénus, à Pan et à Bacchus. Le masque pourrait annoncer plus
particulièrement le culte de ce Dieu.
Hauteur, 1 P.--Largeur, 11 p°. 6 lig.
PLANCHE XXXIX.
(_LX, t. IV de l'Edition royale_.)
La figure élégante tenant un volume déroulé, est extraite d'une
décoration d'un style capricieux. Appuyée contre la porte d'un temple et
sous un vestibule, on peut la considérer comme une prêtresse lisant une
formule sacrée, ou étudiant un hymne.
Le second sujet représente une caricature qu'on applique facilement à un
tableau de l'_Enéide;_ c'est Enée portant son père Anchise, tenant par
la main le petit Ascagne, et regardant avec inquiétude si Créüse le
suit. Des têtes et des pieds de singe caractérisent ces sortes de
figures grotesques; c'est de-là que Martial les a nommées _Cercopitheci_,
singes longues queues; et Pline, _Cynocephali_, singes têtes de chien.
Virgile eut ses détracteurs, et parmi ceux dont les noms se sont
attachés à celui de ce grand poète pour arriver jusqu'à nous, on cite le
peintre Carvilius, qui écrivit l'_Æneidomastix_, le fouet de l'Enéide.
Ce tableau bizarre prouve que tous les siècles ont leurs mauvais
plaisans; on y trouve l'esprit goguenard des caricatures modernes et des
poëmes travestis.
Hauteur, 9 p°.--Largeur, 7 p°.
PLANCHE XL.
(_I, t. VII de l'Edition royale_.)
Pour ne point interrompre l'ordre que nous avons adopté, nous continuons
ce volume par les peintures extraites du VIIe volume de l'édition
royale.
Celle-ci est une des plus belles et des plus importantes de celles
recueillies dans le Musée de _Portici_. Une femme élégamment drapée
d'un manteau violet et d'une tunique jaune transparente, est assise à
l'entrée d'un temple, devant l'Hermès d'un Bacchus, qu'elle fixe avec
attention pour le peindre. D'une main, elle tient une tablette; de
l'autre, le pinceau qu'elle trempe dans sa boîte couleurs, posée sur
un tronçon de colonne. Cette boîte paraît conforme à celle décrite par
Varron (_R. R. III, 17_), divisée en petites cases, où sont distribuées
les couleurs ou les cires coloriées. On sait que les anciens avaient
deux manières de préparer les couleurs; l'une, en les délayant dans
l'eau avec de la colle ou de la gomme; l'autre, en les mêlant dans de la
cire liquéfiée au feu, et c'est cette manière qu'on nommait encaustique.
Selon le témoignage de Pline (_XXXV, 11, sect. 41_) on connaissait trois
manières différentes de peindre dans l'antiquité, qui se réduisaient
cependant toutes l'encaustique et à la gouache vernissée avec de la
cire. On n'en connut point d'autre jusqu'à la découverte précieuse de
la peinture à l'huile, qui, dans le 15e siècle, rendit le nom de
Jean-de-Bruges immortel. L'enfant qui place un tableau au pied de
l'Hermès, rappelle l'usage où étaient les peintres d'employer les enfans
à les servir et à broyer les couleurs. Deux femmes retirées derrière une
colonne, semblent observer l'artiste en secret; l'une d'elles, tenant
une feuille ou un éventail, soigneusement enveloppée dans ses draperies,
est peut-être une convalescente qui a demandé un tableau votif. Nous
avons reconnu un Bacchus dans l'Hermès, au long bâton ou thyrse, et au
canthare qu'il tient à la main. Comme Bacchus Indien, il est drapé et
porte la barbe; cette dernière distinction peut désigner également le
Bacchus _Brisus_ ou le Bacchus _Hébon_, adoré dans la Campanie, et
dont l'image peut, avec vraisemblance, se trouver à Pompéia, où cette
peinture fut découverte. Parmi les femmes qui se distinguèrent dans la
peinture, Pline fait mention de _Lala_ de Cyzique, qui peignit à Rome
et Naples, également habile à manier le pinceau et le stylet, et qui
surpassa les peintres de portraits les plus renommés de son temps, par
la rapidité de l'exécution. Ce mérite devait compter pour beaucoup dans
l'emploi de l'encaustique, et donner aux artistes un grand avantage sur
leurs rivaux. On pourrait, sans trop d'invraisemblance, voir dans notre
tableau cette femme célèbre.
Hauteur, 1 P. 2 p°.--Largeur, 1 P.
PLANCHE XLI.
(_II, t. VII de l'Edition royale_.)
L'artiste a réuni dans cette peinture, trouvée Pompéia avec la
précédente, la Muse de l'Astronomie et la Déesse qui préside aux
sciences et aux arts. Debout contre un pilastre, Uranie indique avec
la verge (_radius_) une sphère céleste où sont figurés les signes du
Zodiaque; on distingue le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer,
le Lion et la Vierge. Minerve assise, appuyée du bras gauche sur son
bouclier, la tête couverte d'un casque d'acier orné de plumes, l'égide
sur la poitrine et armée de sa lance, semble écouter la Muse avec
attention. Ce tableau précieux par son exécution, l'est encore en ce
qu'il décide la question qui s'est élevée entre les érudits, si les
anciens, avant les Antonins, avaient des globes célestes avec les
figures du Zodiaque; il confirme l'opinion qui s'appuyait en faveur de
l'antiquité de cet usage, d'un passage du poète Alexis (_Athen. II, 18,
_pag. 60_) qui, dans la description d'un festin, dit d'un plat en forme
de demi-globe céleste, qu'on y voyait représenté ce que le ciel a de
plus beau, des poissons, des chevreaux, un scorpion, etc. Petrone
fait la description d'un plat semblable dans le festin de Trimalchion
(_XXXV_). Ces sortes de plats, en forme d'hémisphère, se nommaient
_poli_, et il est naturel de croire qu'ils ne tenaient ce nom que de
leurs ornemens empruntés des sphères célestes.
Hauteur, 10 p°. 8 lig.--Larg. 8 p°. 6 lig.
PLANCHE XLII.
(_VI, t. VII de l'Edition royale_.)
Les amours de Mars et de Vénus font le sujet d'un grand nombre de
monumens antiques. Ici, par une fantaisie pittoresque, les figures
paraissent portées dans les airs. Le Dieu, vêtu de la chlamyde, n'a de
son armure que le casque ombragé d'un panache; un Amour, volant à
ses côtés, porte son glaive en triomphe. Cythérée tient d'une main un
éventail, et de l'autre soutient un voile qui s'élève au-dessus de sa
tête, enflé par l'air. Elle est parée d'un collier, de bracelets d'or
et de cercles d'or au bas des jambes (_periscelides_). Un autre Amour,
tenant d'une seule main son arc et ses flèches, comme un vainqueur qui
n'a plus besoin de ses armes, vole près de Vénus, et semble sourire avec
malignité à l'union qui est son ouvrage.
Hauteur, 1 P. 5 p°. 6 lig.--Larg. 1 P. 1 p°. 6 lig.
PLANCHE XLIII.
(_XXII, t. VII de l'Edition royale_.)
Cette Muse agréablement peinte sur un fond blanc, couronnée de lauriers,
le manteau d'une couleur changeante entre le vert et le rouge, les
poignets ornés de bracelets, porte pour attributs la massue et un
masque d'Hercule jeune, coiffé de la peau du lion. La massue donnée pour
attribut à la Muse tragique, est regardée comme faisant, en général,
allusion aux Héros des temps les plus reculés. Le masque, ici, semble
confirmer l'opinion qu'elle est plus particulièrement relative au fils
de Jupiter, dont les actions merveilleuses fournissaient aux tragiques
un grand nombre de sujets toujours applaudis. Les anciens n'ont souvent
donné aux images de leurs divinités qu'une partie de leurs attributs,
quand, par-là, elles se trouvaient assez clairement caractérisées. Parmi
les images certaines de la Muse tragique, celles chaussées du cothurne
sont très-rares; cependant, la privation de ce principal attribut de
la tragédie a, ici, donné lieu à une conjecture qui pourrait être plus
ingénieuse que vraie, quoique fondée sur des remarques curieuses: on
a pensé que le peintre avait eu l'intention, de donner à la Muse un
caractère mixte, en faisant allusion aux tragi-comédies dont Hercule
même était le Héros. Les anciens, en effet, lui donnaient deux
caractères, l'un sérieux, comme dans les _Trachinies_ de Sophocle, dans
l'Hercule furieux, et dans l'Hercule _teus_ d'Euripide; l'autre gai
ou satyrique, comme dans l'Alceste de ce même poète. Dans les
comi-tragédies inventées par Rhinton de Tarente, cité par Athénée (_liv.
III, pag. 3_), les Dieux même paraissaient en bouffons: de ce genre est
l'Amphytrion de Plaute, qui, peut-être, n'est qu'une traduction ou une
imitation de Rhinton. Ce caractère d'Hercule bouffon, était du reste
tellement décidé, que les auteurs comiques s'en emparaient très-souvent:
ils en ont fait un personnage vorace et toujours affamé, fugitif et
battu, comme dit Aristophane dans _la Paix_ (_v. 740 et suiv._). Le
Scholiaste du poète remarque que Cratinus donnait le même caractère à
Hercule dans ses comédies, et qu'Aristophane le reproduit ainsi dans
_les Oiseaux_ (_v. 1603 et suivans_), dans les _Guêpes_ (_v. 60_), et
ailleurs. Enfin, sans rappeler les exploits qui valurent au Héros ce
renom, et le firent appeler Buphage, il suffira de citer, pour dernier
trait, le proverbe vulgaire dont on se servait pour presser les convives
quand on les menaçait d'un glouton, _Hercule est notre hôte_.
Hauteur, 1 P. 1 p°.--Largeur, 9 p°. 4 lig.
PLANCHE XLIV.
(_XXIV, t. VII de l'Edition royale_.)
Après avoir présenté Hercule chez les poètes scéniques sous un caractère
peu honorable, nous le voyons reparaître dans ce tableau comme l'un des
bienfaiteurs de l'humanité, et méritant cette gloire immortelle qui a
suivi son nom. Le Héros avec la peau de lion, armé de son arc et de ses
flèches, déploie sa force dans une belle attitude, et fait tomber sous
ses coups les oiseaux Stymphalides. Ces oiseaux de proie qui prirent le
nom des marais qu'ils infestaient, étaient, suivant Pausanias (_VIII,
22_) de la grandeur des grues, mais semblables aux ibis, ayant cependant
le bec allongé et plus fort. C'est ainsi qu'ils sont représentés dans
cette peinture et dans d'autres monumens; ils ressemblent encore
par leur blancheur aux ibis qui ont les plumes blanches, excepté à
l'extrémité des aîles et de la queue. D'autres Mythologistes en ont fait
des autruches. La fable ajoutait que ces oiseaux redoutables avaient des
plumes d'acier qu'ils décochaient comme des flèches. Le Dieu du fleuve,
_Stymphalus_, couché sur le devant du tableau, sert encore à préciser le
sujet.
Hauteur, 3 P. 6 p°.--Largeur, 7 P. 4 p°.
PLANCHE XLV.
(_XXV, t. VII de l'Edition royale_.)
Bacchus, assis sur un rocher, présente un vase à une panthère. L'animal
familier a la peau blanche et semée de taches verdâtres; les pattes
dressées sur les genoux du Dieu, il lèche le vase dont il ne peut
atteindre la liqueur. Bacchus sourit en le regardant; le Dieu, les
cheveux épars, tenant un long thyrse orné de feuillages et d'un ruban,
est à demi-nu, comme on le voit le plus souvent; la draperie suspendue à
son bras, est violette, et celle qui est rassemblée sur ses genoux, est
rouge. Cette composition est pleine d'agrément.
Hauteur, 1 P. 7 p°. 8 lig.--Largeur, 1 P. 3 p°. 6 lig.
PLANCHE XLVI.
(_XXVIII, t. VII de l'Edition royale_.)
Le beau Narcisse, dans une attitude négligente et gracieuse, contemple
son image dans le miroir d'une fontaine; il est couronné de fleurs; sa
draperie qui a glissé sur le rocher, ne cache rien de la délicatesse de
ses formes; il s'admire, et l'amour de lui-même le remplit d'une douce
satisfaction, amour fatal, suivi d'un vain désir que Vénus ne connaît
point et qu'elle ne peut récompenser! Déjà Cupidon désolé renverse
son flambeau; le fils de Céphise va bientôt tomber desséché; une fleur
funeste prendra sa place et son nom. Craignez, jeune amant, de faire
respirer sa dangereuse vapeur à votre amante; mais si la mort vous ravit
l'objet de vos amours, alors, seulement cueillez le narcisse, couvrez sa
tombe de cette triste fleur, elle est consacrée aux tombeaux.
Hauteur, 1 P. 9 lig.--Largeur, 1 P.
PLANCHE XLVII.
(_XXXI, t. VII de l'Edition royale_.)
La passion de Narcisse est exprimée, dans ce tableau, avec plus de
vivacité encore que dans le précédent. Plaignez-le, jeunes beautés, si
ce n'est point lui-même qu'il cherche dans son image. Ecoutez: Narcisse
avait une sur jumelle qu'il aimait uniquement; belle comme lui, une
ressemblance parfaite semblait offrir le même modèle en deux êtres
différent. Ils s'habillaient l'un comme l'autre, ils allaient ensemble
à la chasse, ils ne se quittaient point. Narcisse perdit sa sur;
inconsolable, il s'arrêtait au bord des fontaines, et, trompé par sa
propre image, il croyait revoir cette sur adorée. S'il s'éloignait, son
bonheur le fuyait; il ne voulut plus s'écarter de la rive enchanteresse;
en vain Echo soupira pour lui; en vain l'Amour voulut, le rappeler dans
son empire. Irrité, l'Amour renversa son flambeau, la vie du malheureux
Narcisse s'éteignit avec la flamme de l'amour, et une lugubre fleur
consacra la mémoire de sa triste aventure.
Hauteur, 1 P. 9 p°.--Largeur, 1 P. 6 p°.
PLANCHE XLVIII.
(_XXXII, t. VII de l'Edition royale_.)
Dans un lieu sauvage, sous une roche couverte d'un épais feuillage,
dort une Bacchante; on voit près d'elle son _tympanum;_ ses cheveux sont
couronnés de lierre, et noués sur la tête avec un simple nud. Un
satyre insolent, habitant dangereux des montagnes, la surprend dans son
sommeil, et, soulevant légèrement la draperie qui la couvrait, rend le
spectateur complice de sa témérité. La couronne de feuilles de pin, que
porte ce satyre, pourrait désigner le dieu Pan lui-même, que les poètes
dépeignent, tel qu'on le voit ici.
Hauteur, 1 P. 8 p°.--Largeur, 1 P. 4 p°.
PLANCHE XLIX.
(_XXXVII, t. VII de l'Edition royale_.)
Ces deux figures qui se détachent sur un fond jaune, forment un groupe
agréable. Une Bacchante couronnée de pampres, élevant d'une main
un cercle de bronze, présente l'autre main à un Faune qui la baise
amoureusement. Une draperie violette en dehors et blanche en dedans,
voltige autour d'elle, et la laisse à demi-nue. Le Faune, couronné de
lierre, porte sur l'épaule un grand vase d'où sort une touffe de vigne
et de feuillages. On rencontre dans d'autres monumens, des suivans de
Bacchus avec ce même attribut. La peau grisâtre, déchiquetée sur
les bords, sert encore à caractériser celui-ci. Sa figure est pleine
d'expression; plus respectueux que nous n'avons vu précédemment ceux de
son espèce, ce Faune retrace cette première soumission de l'amour qui
craint d'effrayer celle dont il désire, dont il attend davantage. C'est
ainsi que le peignirent Théocrite et Ovide: «Que je baise ta main, dit
Polyphême à Galatée, si tu ne me permets un baiser sur tes lèvres. Le
maître des Dieux, enlevant la belle Europe, couvre ses mains de baisers,
dit Ovide; douceur dont il jouit en attendant le bonheur qu'il espère; à
peine, à peine il contient son amour».
Hauteur, 1 P. 8 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 2 p°. 8 lig.
PLANCHE L.
(_XLV, t. VII de l'Edition royale_.)
Une femme debout, tenant une outre, verse du vin dans un vase à deux
anses que lui présente un Silène assis. Ce personnage bachique est bien
caractérisé par son embonpoint, son front chauve, sa longue barbe, et
l'affaissement de son corps, effet de l'ivresse habituelle. Il porte
un thyrse entouré de feuillages, et s'appuie du coude sur une espèce
de corbeille, d'où sort une draperie verte qui vient retomber sur ses
genoux. Cette corbeille est, sans doute, une ciste mystique, attribut
qui convient Silène, maître des mystères de Bacchus. La femme n'a rien
du caractère d'une Bacchante; la couleur verte de sa draperie semble
désigner plus particulièrement une Nymphe: ces Divinités, nourrices de
Bacchus, furent aussi ses compagnes, et cette union semble, dans un
sens moral, rappeler que le vin doit être très-tempéré par l'eau. Cette
peinture, trouvée à _Portici,_ est très-altérée, et les jambes des deux
figures sont effacées.
Hauteur, 1 P. 1 p°. 3 lig.--Larg. 11 p°. 5 lig.
PLANCHE LI.
(_L., t. VII de l'Edition royale_.)
Nous réunissons ici deux tableaux qui décoraient l'intérieur d'une même
salle, dans une maison découverte à _Civita,_ tous deux précieux par
la délicatesse avec laquelle ils sont traités, et par les sujets qu'ils
représentent. Dans le premier, on voit réunis les trois inventeurs de
la médecine; Apollon, symbole du soleil qui vivifie la nature, et
qui dissipe, par ses rayons, les vapeurs malfaisantes, se montre dans
l'attitude du repos, qui lui est si souvent attribuée; il s'appuie sur
une longue lyre, posée sur la cortine qui rappelle ici l'union de la
médecine et de la divination, toutes deux surs et filles d'Apollon,
suivant Hippocrate (_epist. 2, ad Philopm._) Vient ensuite le centaure
Chiron, qui on attribue les premières connaissances en chirurgie et
en botanique, s'appuyant sur un bâton, et tenant d'une main quelques
simples. Esculape, inventeur de la médecine clinique, est assis, comme
il est le plus souvent représenté; car c'est ainsi qu'on voit le médecin
près du lit du malade. La barbe désigne ici l'âge de l'expérience plutôt
que la vieillesse. Esculape porte le doigt sur la bouche, en signe de
silence; la médecine réside dans les opérations et dans les remèdes, et
non dans de vains discours; aussi Virgile l'appelle la science muette
(_artes mutas. Æn. XII, 395_.) Près du Dieu, est une colonne sur
laquelle est posé un trépied. C'est probablement l'emblême de la science
des pronostics, partie si intéressante de la médecine clinique. Le fond
du tableau, assez obscur, est occupé par des arbres et des rochers.
L'autre peinture, qui a souffert quelque altération, nous offre quatre
femmes occupées d'une cérémonie bachique.
Chaque sujet.--Hauteur, 1 P. 4 lig.--Largeur, 1 P. 7 p°. 9 lig.
PLANCHE LII.
(_LI et XLVI, t. VIII de l'Edition royale_.)
Cette charmante figure est peinte avec autant de vérité que de
délicatesse. Son attitude est pleine d'aisance, et le doigt entre les
lèvres annonce la méditation ou la recherche d'un souvenir; ses cheveux
blonds sont retenus dans un voile d'un rouge clair; une ample draperie
de la même couleur, très-fine et transparente, l'enveloppe toute
entière; par le bas, on voit passer l'habit de dessous, qui est d'une
couleur verte. Les pieds nus, assise sur un siége de métal garni d'un
coussin, avec un marche-pied, il semble, à l'élégante négligence de
sa personne, que l'artiste ait voulu représenter une jeune femme à son
lever; et l'on peut supposer que l'objet de la méditation qui l'occupe
est la parure du jour. Si l'on voulait une explication plus recherchée,
on se rappellerait que, chez les anciens, c'était une opinion reçue,
accréditée par Pline (_XXVIII, 6_.) que les genoux croisés étaient
un maléfice; il était défendu de paraître en cette attitude dans les
conseils et dans les cérémonies religieuses; en faisant l'application de
cette remarque, on verrait dans l'attention et la pose de ce personnage,
une intention de malignité. Mais en écartant ces subtilités, on pourra
dire, avec plus de vraisemblance, que cette figure représente Mnémosyne,
la mère des Muses; l'attitude du recueillement, quelques ressemblances
des figures de Polymnie, Muse de la mémoire; enfin, la conformité avec
quelques statues anciennes qui ont la même pose, viennent à l'appui
de cette opinion. Cette peinture vient des fouilles de _Civita_. La
suivante, trouvée à Pompéia, nous offre un Faune couché par terre et
buvant avec le vase dit _rhyton_; la forme de ce vase est empruntée
d'une corne de buf dont on se servait primitivement. Quoique privé des
attributs ordinaires de son espèce, ce Faune est caractérisé par ses
traits rustiques, son nez relevé, son front étroit et ses cheveux
touffus.
1er. SUJET.--Hauteur, 1 P. 8 lig.--Largeur, 1 P. 6 p°. 2e.
SUJET.--Hauteur, 10 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 6 p°.
PLANCHE LII.
(_LII, t. VII de l'Edition royale_.)
Cette peinture représente deux femmes dans l'intérieur d'un appartement.
Elles sont toutes les deux entièrement vêtues de blanc; celle qui est
debout contre un appui où sont posées quelques bandelettes, et qui
porte une coiffe sur la tête, paraît être une esclave qui parle à sa
maîtresse. Celle-ci, assise sur un lit couvert d'une draperie verte,
tenant d'une main un petit vase de métal, s'appuie de l'autre sur le
lit; c'est une femme à son lever, se disposant à sa toilette; la tête
détournée, elle semble exprimer le mécontentement. Il serait difficile
de préciser cette scène; peut-être pourrait-on y reconnaître la Phèdre
de Sénèque. La nourrice de la princesse l'annonce au chur: «Inquiète,
agitée, le sommeil a fui de ses yeux; la nuit a été troublée de ses
gémissemens; se levant, retombant sur sa couche, faisant dénouer ses
cheveux et les faisant rattacher, et toujours impatiente d'elle-même,
Phèdre paraît sur son lit, rejetant avec dédain sa parure». C'est la
scène qui se rapporterait à notre tableau. «Ecartez la pourpre et les
habits tissus d'or; loin de moi l'éclat de la teinture de Tyr! que mon
cou demeure privé de son collier, et mes oreilles des trésors de la
mer Indienne, et que mes cheveux ne reçoivent point les parfums de
l'Assyrie». Le poète romain a mis ce tableau sous les yeux; notre Racine
le présente à l'esprit dans ces beaux vers: