IV.

_Traductions et éditions._

J’ai dit en commençant qu’il avoit été fait deux traductions angloises

du livre des Enseignements. L’une, la plus ancienne, qui remonte au

règne de Henri VI, est inédite et est conservée en manuscrit au British

Museum, dans le fonds Harléien (nº 1764. 67, C.[91]). C’est un manuscrit

à 2 colonnes de 41 lignes, d’une excellente et très correcte écriture,

malheureusement incomplet de la fin et qui a beaucoup souffert. Le

premier feuillet a une lettre ornée et un entourage courant, et tous les

chapitres ont une lettre peinte. Au deuxième feuillet, on lit les

signatures de deux de ses anciens propriétaires, _Paulus Durant_ et

_David Kellie_, écrites à la fin du xvie siècle et au commencement du

siècle suivant; on trouve même au feuillet 37 cette mention, de la main

de Kellie: «James by the grace of God King of England, France and

Ireland and of Scotland and defender of the faith.» Dans son état

actuel, le manuscrit a 54 feuillets et commence: «In the yere of the

incarnacion of our lord m ccc lxxi as y was in a garden all hevi and

full of thought...», et se termine dans l’histoire des deux sœurs (p.

238 de notre texte), par les mots: «withoute ani wisete y clothed myself

in warme», suivi du mot _clothes_ comme réclame. La traduction est

exacte, la langue excellente et certainement bien moins traînante et

embarrassée que celle de Caxton. Du reste, ceux qui voudroient avoir de

plus complets détails sur cette traduction anonyme pourront en voir

d’amples fragments transcrits dans un excellent article de la première

_Retrospective Review_, publiée à Londres il y a une vingtaine

d’années[92]. La sévérité angloise paroît avoir empêché l’auteur de

citer les histoires les plus curieuses préférablement à celles dont

l’honnêteté est la trop unique valeur; mais ces extraits suffisent

pleinement pour faire juger du mérite de la traduction, et c’est pour

nous la plus utile partie de leur travail.

[91] Nares, Catalogue of the mss. of the Harleian library, 4 vol.

in-fº, London, 1808-15; II, p. 208.

[92] Voici le titre exact de cette excellente collection, interrompue

malheureusement peu de temps après le volume où se trouve l’article

sur le livre des _Counsels_: The retrospective review, an historical

and antiquarian magazine, edited by Henry Southern esq., M. A. of

Trinity college, Cambridge, and Nicholas Harris esq., F. S. A., of

the Inner Temple, barrister at law in-8º. New series, vol. I, 1827,

part. II, p. 177-94.--L’article a été analysé dans notre _Revue

britannique_, 2e série, t. V, 1831, p. 343-61.

La seconde traduction est de Caxton, le plus ancien imprimeur de

l’Angleterre, et il est curieux de voir le livre de notre auteur être

une des premières productions de la presse dans un pays étranger. On

sait quel nombre Caxton a publié de traductions du françois, et il nous

suffit de le rappeler, car une énumération nous mèneroit beaucoup trop

loin. Le livre est un in-4º, dont les cahiers, de huit feuillets chacun,

sont signés aii-niiij. Il commence par une préface du traducteur, qui

dit avoir entrepris cet ouvrage sur la prière d’une grande dame qui

avoit des filles; aucun bibliographe anglois n’ayant fait même une

supposition sur le nom de cette protectrice du travail de Caxton, nous

ne pouvons qu’imiter leur silence; nous aurions donné cette préface en

appendice, si on ne pouvoit la voir reproduite dans l’édition des

_Typographical antiquities_ de Jos. Ames, donnée par Dibdin[93]. Les

caractères employés par Caxton sont ceux dont on peut voir dans Ames le

facsimile d’après les chroniques d’Angleterre[94]. C’est ce caractère

irrégulier, plein de lettres liées entre elles et de mêmes lettres de

formes différentes, qui apporte plutôt l’idée d’une écriture assez

incorrecte que d’une impression; elle est très analogue à un facsimile

donné dans Ames (p. 88) d’une copie manuscrite d’Ovide qu’on attribue à

Caxton. Après la préface, qui tient le premier feuillet, et la table qui

en tient trois, vient le texte, qui commence: «Here begynneth the book

whiche the knyght of the toure[95] made and speketh of many fayre

ensamples and thenseygnements and techyng of his doughters.» Il se

termine par la mention suivante: «Here fynysshed the booke which the

knyght of the Toure made to the enseygnement and techyng of his

doughters translated oute of frenssh in to our maternall Englysshe

tongue by me William Caxton, which book was ended and fynysshed the

first day of Juyn the yere of oure lord m.cccc lxxx iij And emprynted at

Westmynstre the last day of Janyuer, the first yere of the regne of

kynge Rychard the thyrd.» On a quelquefois mis à tort ce livre sous la

date de 1484; l’année 1483 ayant été comprise entre le 30 mars et le 18

avril, et Edouard IV étant mort le 9 avril 1483, c’est bien cette année

1483 qui est la première année du règne de Richard III[96].

[93] London, 4 vol. in-4º, 1810, t. 1, nº 27 des Caxton, p. 202-8.

[94] Nº 4 de la planche de Basire portant le nº 8, et placée en face

de la page 88.

[95] Caxton ne sait pas le nom de Landry.

[96] Dibdin, _Bibliotheca Spenceriana_, nº 857, t. IV, 1815, p. 267-8,

avoit fait remarquer qu’il falloit s’en tenir à la date de 1483;

mais sa preuve en étoit que le commencement de l’année suivante

n’arriva pas avant le 25 mars, ce qui ne s’accorde pas avec les

tables chronologiques des Bénédictins.

Les exemplaires complets en sont, du reste, assez rares. Ames (1810) ne

cite que trois exemplaires, celui de lord Spencer, du marquis de

Blandford et de Sa Majesté; ce dernier est sans doute l’exemplaire

complet que nous avons vu au British Museum. Il y en auroit encore un

dans la Bibliothèque publique de Cambridge et deux à la Bodléienne, mais

imparfaits tous deux d’une feuille. Un exemplaire sur vélin, marqué 5 l.

5 sh., chez M. Edwards, cat. de 1794, nº 1267, étoit en 1810 chez M.

Douce; mais ce fut un prix bien vite dépassé; ainsi l’exemplaire de la

vente de White Knights fut payé 85 livres 1 shilling, et celui de la

vente de Brandt, en 1807, fut acheté 111 livres 6 shillings pour lord

Spencer[97].

[97] Cf. _Bibl. Spenceriana._

Quant à la traduction même, elle est d’une incroyable fidélité et d’une

si naïve exactitude, que, par ses méprises, et il y en a, on pourroit

reconnoître à coup sûr le manuscrit même suivi par Caxton, et, si on le

rencontroit, il ne pourroit pas y avoir de doutes sur ce point, tant sa

phrase est calquée sur son texte, avec un mot à mot si fidèle que la

pureté de son anglois en souffre le plus souvent. Du reste, on en pourra

bientôt juger, car M. Thomas Wright, aux publications de qui notre

ancienne littérature doit autant que l’ancienne littérature de son pays,

en va publier une réimpression exacte pour le _Warton Club_, dont il est

un des fondateurs. Si la traduction inédite du British Museum étoit

complète, il faudroit incontestablement la suivre, à cause de sa

supériorité sur celle de Caxton. On pourroit prendre le parti de

composer l’édition pour les trois quarts avec la traduction inédite et

pour la fin avec Caxton. Cependant la langue des deux traducteurs est si

différente, qu’en mettant une partie de l’œuvre de l’un à la suite de

l’œuvre de l’autre, on auroit à craindre d’arriver à un effet trop

disparate, et, comme le Caxton est introuvable, les bibliophiles

préféreront peut-être en avoir la reproduction entière.

Enfin j’ajouterai, à propos de l’édition de Caxton, que, si rare qu’elle

soit maintenant, c’étoit au xvie siècle, en Angleterre, un livre qui

étoit tout à fait en circulation. J’en donnerai pour preuve ce curieux

passage du _Book of Husbandry_, publié en 1534 par Sir Anthony

Fitz-Herbert, qui avoit la charge importante de _lord chief

justice_[98]. L’appréciation est trop curieuse pour que je ne la

reproduise pas en entier; parlant de la fidélité qu’une femme et un mari

doivent avoir dans les achats qu’ils font au marché, il continue: «Je

pourrois peut-être montrer aux maris diverses façons dont leurs femmes

les trompent, et indiquer de même comment les maris trompent leurs

femmes. Mais si je le faisois, j’indiquerois de plus subtiles façons de

tromperies que l’un ou l’autre n’en savoit auparavant. A cause de cela,

il me semble meilleur de me taire, de peur de faire comme le chevalier

de La Tour, qui avoit plusieurs filles, et, par l’affection paternelle

qu’il leur portoit, écrivit un livre dans une bonne intention, pour les

mettre à même d’éviter et de fuir les vices et de suivre les vertus. Il

leur enseigne dans ce livre comment, si elles étoient courtisées et

tentées par un homme, elles devroient s’en défendre. Et, dans ce livre,

il montre tant de façons si naturelles dont un homme peut arriver à son

dessein d’amener une femme à mal, et ces façons pour en venir à leur but

sont si subtiles, si compliquées, imaginées avec tant d’art, qu’il

seroit difficile à aucune de résister et de s’opposer au desir des

hommes. Par cedit livre, il a fait que les hommes et les femmes

connoissent plus de vices, de subtilités, de tromperies, qu’ils n’en

auroient jamais connu si le livre n’eût pas été fait, et dans ce livre

il se nomme lui-même le chevalier de La Tour. Aussi, pour moi, je laisse

les femmes faire leurs affaires avec leur jugement.»

[98] Je tire le passage, non du livre, nécessairement inconnu à un

étranger, mais de l’article qui lui est consacré dans la nouvelle

_Retrospective Review_, London, Russell-Smith, in-8º. Nº 3, May

1853, pages 264-73.

Le jugement de lord Fitz-Herbert suffiroit à prouver que Dibdin, pour

avoir décrit le livre, ne l’avoit pas autrement lu; car, renvoyant, dans

les additions de Ames (I, 372), à la notice de Legrand d’Aussy, et

faisant allusion aux passages purement naïfs dont celui-ci fait des

obscénités, Dibdin ajoutoit qu’il falloit _espérer_ que Caxton avoit

sauté de pareils passages. Je n’ai pas eu le temps de vérifier le

Caxton, nous n’en avons pas d’exemplaires en France; mais je répondrois

à l’avance de son honnêteté de traducteur, qui n’a pas dû se permettre

le moindre retranchement. Seulement Dibdin, qui avoit le volume à sa

disposition, auroit pu s’assurer du fait et ne pas en rester à cette

singulière espérance.

Le livre eut la même fortune en Allemagne qu’en Angleterre: car il en

parut en 1493 une traduction allemande faite par le chevalier Marquard

vom Stein. Comme Caxton, il fut plus exact que ne le furent plus tard

les éditeurs françois, et n’ajouta rien au livre des Enseignements;

mais, plus heureuse que celle de Caxton, sa traduction fut souvent

réimprimée. La première édition, in-folio, parut à Bâle, chez Michel

Furter, sous ce titre: «_Der Ritter vom Turn, von den Exempeln der

Gotsforcht vñ erberkeit_», c’est-à-dire Le Chevalier de La Tour, des

exemples de la piété et de l’honneur. En tête se trouve une préface du

traducteur, mais qui ne contient que des généralités de morale; nous

ferons remarquer seulement que, peut-être par suite d’une faute

d’impression ou d’une différence dans un manuscrit, la date de la

composition du livre n’est plus 1371, mais 1370. Le volume, d’une

superbe exécution, et dont le British Museum possède un très bel

exemplaire, a 73 feuillets et est orné de 45 gravures sur bois,

réellement faites pour l’ouvrage, bien dessinées et bien gravées. Le

chevalier y est toujours représenté armé de pied en cap, même dans la

gravure initiale, où il est, idée assez bizarre, représenté endormi au

pied d’un arbre, pendant que ses deux filles sont debout à côté de lui;

mais, à part cette singularité, cette suite d’_illustrations_ est tout à

fait remarquable. Après cette édition, nous citerons les suivantes,

d’après Ebert[99]: une à Augsbourg, chez Schönsperger, 1498, in-folio;

une à Bâle, chez Furter, en 1513;--Ebert disant aussi qu’elle a 73

feuillets et des gravures sur bois, il est possible que ce soit la

première édition avec une nouvelle date changée, et, dans tous les cas,

la nouvelle en est une réimpression, où l’on doit retrouver les mêmes

bois; une à Strasbourg, chez Knoblouch, en 1519, in-4º; enfin une autre

à Strasbourg, chez Cammerländer, en 1538, in-folio, avec des gravures

sur bois. Il y en a sans doute eu d’autres éditions; toujours est-il que

tout récemment, en 1849, le professeur allemand O.-L.-B. Wolff en a fait

le 8e volume[100] de sa collection de romans populaires qu’il a publiée

à Leipzig chez Otto Wigand. Le prologue y est plus court, et l’on y

voit, bien qu’en très petit nombre, quelques histoires nouvelles, celles

de Pénélope et de Lucrèce, absentes de l’ouvrage original, mais qui

prouvent que, dans ses éditions successives, la traduction de Marquard

vom Stein a subi quelques remaniements. Le titre y est devenu: «Un

miroir de la vertu et de l’honneur des femmes et demoiselles, écrit pour

l’instruction de ses filles par le très renommé chevalier de La Tour,

avec de belles et utiles histoires sacrées et profanes.»

[99] Allgemeines bibliographisches Lexikon von Friedrich Adolf Ebert.

Leipzig, 1821, in-4º, t. I, col. 317, nº 4078.

[100] In-12 de 171 pages.

Ce ne fut qu’en 1514 que parut la première édition françoise, à Paris,

chez Guillaume Eustace[101]. C’est un in-folio gothique, à deux

colonnes, de xcv feuillets chiffrés, précédés de 3 feuillets pour le

titre et la table et suivis d’un feuillet séparé, au recto duquel une

gravure en bois représentant le pape, l’empereur et le roi de France, et

au verso la marque de Guillaume Eustace. Cette gravure se trouvoit déjà

au verso et la marque sur le recto du titre, qui est celui-ci: «Le

chevalier de la tour et le guidon des guerres, Nouvellement imprimé à

Paris pour Guillaume Eustace, libraire du roy, Cum puillegio Regis», et

au bas: «Ilz se vendent en la rue neufue nostre Dame, à lenseigne De

agnus dei, ou au palais, au troisiesme pilier. Et en la rue

saint-iacques, à l’enseigne du crescent.» A la fin se trouve cette

mention: «Cy fine ce présent volume intitulé le chevalier de la tour et

le guidon des guerres, Imprimé à Paris en mil cinq cens et quatorze, le

neufiesme iour de novembre. Pour Guillaume Eustace, libraire du roy et

juré de luniversité, demourant en la rue neufve nostre-dame, à lenseigne

de agnus dei, ou au palais, en la grant salle du troisiesme pillier,

près de la chappelle où len chante la messe de mes seigneurs les

presidens. Et a le Roy, nostre sire, donné audit Guillaume lettres de

privilege et terme de deux ans pour vendre et distribuer cedit livre

affin destre remboursé de ses fraiz et mises. Et deffend ledit seigneur

à tous libraires, imprimeurs et autres du royaulme de non limprimer sus

painne de confiscation desditz livres et damende arbitraire jusques

après deux ans passez et acomplis à compter du iour et date cy dessus

mis que ledit livre a esté acheué d’imprimer.»

[101] La Croix du Maine (_Bibliothèque françoise_, édit. de 1772, I,

161 et 277) ne parle que de cette édition, sur la foi de laquelle il

a dit que le _Guidon des guerres_ étoit de notre auteur.

Le texte des Enseignements, dans cette édition de Guillaume Eustace,

occupe les feuillets i à lxxii; les feuillets lxxiii à lxxxv sont

occupés par le livre de Melibée et de Prudence, que l’éditeur a trouvé,

comme on le voit dans le manuscrit de Londres et celui de Paris (7073¹),

à la suite de celui dont il s’est servi; mais, avec peu de scrupule et

pour bien donner au chevalier de La Tour le livre de Mélibée, sur lequel

nous n’avons rien à dire ici, tant il est maintenant connu, il a écrit

un raccordement par lequel il met Mélibée dans la bouche du chevalier.

Enfin, les feuillets lxxxv à xcv offrent le Guidon des guerres «fait par

le chevalier de La Tour», ouvrage de stratégie qu’un autre

raccordement[102] de Guillaume Eustace met aussi dans la bouche du

chevalier. Il formoit probablement la troisième partie du manuscrit

suivi par Guillaume Eustace, et n’est nullement du chevalier de la

Tour[103].

[102] Le raccordement est d’autant mieux fait qu’on le fait parler de

ses fils: «Affin que tous nobles hommes et mesmement vos frères,

quand ils se trouveront entre vous, en voyant cestuy livre y

puissent aussi bien que vous prendre quelque doctrine... J’ay,

touchant le fait des armes, cy en la fin mis ung petit traicté

appellé le _Guidon des guerres_, lequel jadis je redigeai par

l’ordonnance de mon souverain seigneur le très chrétien roy de

France...»

[103] Comme le dit M. P. Paris (_Man. françois_, V, 85-6), il est

étonnant que les bibliographes n’aient pas remarqué la fausseté

d’attribution de ces deux ouvrages. Debure (Catal. La Vallière, I,

406), cataloguant l’imprimé à la suite d’un ms., avoit, sans nier

l’attribution, fait remarquer que le _Guidon_ ne se trouvoit pas

dans celui-ci.

Le texte est orné de gravures sur bois, mais, moins soigneux que

l’éditeur allemand, Eustace a employé bon nombre de bois tout faits,

dont quelques uns se rapportent très peu au sujet qu’ils sont destinés à

présenter aux yeux. Dans les exemplaires sur papier le format est très

petit in-folio; dans ceux sur vélin, la justification a été réimposée,

et le volume est plus grand. La Bibliothèque en possède un superbe

exemplaire, avec 27 miniatures, que M. Van Praët[104] dit avoir passé

dans les ventes de Pajot, comte d’Onsembray (nº 527, 240 l. 19 s.), de

Girardot de Préfond (nº 890, 193 l.), de Gaignat (nº 2253, 200 l.), de

La Vallière (nº 1339, 300 l.), de Mac Carthy (nº 1549, 615 l.). M.

Brunet (I, 649) paroît traiter comme le même celui qu’il indique comme

vendu chez Morel Vindé 631 fr., et chez Hibbert, 33 livres, 12 shilings.

[104] Van Praët, Livres sur vélin de la bibliothèque du roi, t. IV, nº

388, p. 263-4. Ebert nous apprend qu’il y en avoit aussi un

exemplaire sur vélin dans l’ancienne bibliothèque d’Augsbourg. Ce

doit être celui que M. Van Praët indique comme vu par Gercken

(Reisen, I, 262) et par Hirsching (Reisen, II, 180) chez les frères

Veith, à Augsbourg. Un troisième exemplaire devroit s’en trouver

dans la bibliothèque de Genève (Van Praët, 264).

Comme texte, il faut reconnoître, à la louange de Guillaume Eustace,

que, pour un éditeur du seizième siècle, il pourroit avoir fait bien

plus de modifications. Le prologue est beaucoup moins en vers,

l’orthographe est modernisée; mais le texte a certainement été plus

respecté qu’il ne l’étoit d’ordinaire à cette époque. La seconde

impression, qui doit cependant avoir été faite sur celle-ci, est au

contraire pleine de fautes grossières, à ce que me dit un juge très

compétent, qui l’a eue entre les mains. Elle est in-4º de 208 pages, y

compris 6 pages de table. Elle a un frontispice représentant un

chevalier armé, un genou en terre, et a pour titre: «S’ensuit le

chevalier de La Tour et le Guidon des guerres, avec plusieurs autres

belles exemples, imprimés nouvellement par la veuve Jehan

Trepperel[105].» M. Brunet, qui la dit gothique et nous apprend qu’elle

a été vendue, chez Heber, 6 livres 15 shillings, ajoute «et Jehan

Jehannot», après le nom de la veuve Trepperel. M. Bertin en possédoit un

exemplaire qui, à sa vente (1853, nº 123), a été adjugé au prix de 780

fr.

[105] _Bulletin du Bibliophile_, 1re série, nº 14, février 1835, p.

11, nº 1379.

Après avoir examiné successivement, comme je l’avois promis, la

biographie et l’œuvre du chevalier, ainsi que les manuscrits et les

éditions de son livre, je lui laisse enfin la parole, en m’excusant de

la longueur à laquelle ces développements sont arrivés. Mais si, dans un

travail d’ensemble sur notre ancienne littérature, l’ouvrage du

chevalier de La Tour peut n’être cité qu’en passant, tous les

renseignements qui s’y rapportent devoient être réunis dans un essai qui

lui est spécialement consacré et qui se trouve en tête de son livre.

Cy commence la table du livre intitulé du chevalier de la Tour, qui fut

fait pour l’enseignement des femmes mariées et à marier.

Le premier chappitre contient le prologue. 1

Le second chappitre parle de ce que on doit faire quant on

s’esveille. 6

Le tiers chappitre parle de deux chevaliers qui amoient deux

suers. 7

Le quart chappitre parle d’une damoiselle que un seigneur vouloit

violer. 9

Le quint, que on doit faire quant on est levé. 10

Le VIe, de deux filles d’un chevalier, dont l’une estoit devotte et

l’autre gourmandoit. 12

Le VIIe, comment les femmes et les filles doivent jeuner. 14

Le VIIIe, d’une folle femme qui chéy en un puis. 16

Le IXe, d’une bourgeoise qui mouru et n’avoit osé confessié son

pechié. 19

Le Xe, comment toutes femmes doivent être courtoises. 22

Le XIe, comment elles se doyvent contenir sans virer la teste çà ne

là. 24

Le XIIe, de la fille du roy de Dannemarche, qui perdit le roy

d’Angleterre par sa folle contenance. 25

Le XIIIe, de celle que le chevalier de la Tour refusa pour sa legière

manière. 28

Le XIIIIe chappitre parle comment la fille du roy d’Arragon par sa

folle manière perdy le roi d’Espaigne. 30

Le XVe, de celles qui estrivent les unes aux autres. 32

Le XVIe, de celle qui menga l’anguille. 35

Le XVIIe, comment nulle femme ne doit estre jalouse. 36

Le XVIIIe, de la bourgeoise qui se fist ferir par son oultraige. 40

Le XIXe, de celle qui sailly sus la table. 41

Le XXe, de celle qui donna la chair aux chiens. 44

Le XXIe, du debat qui fut entre le sire de Beaumanoir et une

dame. 46

Le XXIIe, comment il fait perilleux à estriver à gens sçavans, et

parle de la dame qui prist tençon au mareschal de Clermont. 50

Le XXIIIe, de Bouciquaut et des trois dames. 51

Le XXIIIIe, de trois autres dames qui vouldrent tuer un

chevalier. 54

Le XXVe, de celles qui vont voulentiers aux joustes et aux

pelerinaiges. 55

Le XXVIe chappitre parle de celles qui ne veullent vestir leurs bonnes

robes aux festes. 58

Le XXVIIe parle de la suer saint Bernart. 61

Le XXVIIIe, de celles qui ne font que gengler à l’eglise. 63

Le XXIXe, de saint Martin de Tours et de saint Brice et du

dyable. 65

Le XXXe, de celle qui perdy à ouir la messe. 66

Le XXXIe, d’une dame qui employoit le quart du jour pour soy

appareiller. 70

Le XXXIIe de celles qui oyent voulentiers la messe. 71

Le XXXIIIe, de la bonne contesse qui tous les jours vouloit ouir trois

messes. 72

Le XXXIIIIe chappitre parle de celles qui vont en pelerinaiges sans

devocion. 73

Le XXXVe, de ceulx qui firent fornication en l’eglise. 80

Le XXXVIe, du moine qui fist fornication en l’eglise. 81

Le XXXVIIe, des mauvais exemplaires et des malices de ce monde. 82

Le XXXVIIIe, des bons exemplaires du monde. 83

Le XXXIXe, de Eve notre première mère et de ses folies. 85

Le XLe chapitre contient la tierce folie de Eve. 88

Le XLIe fait mention de la quarte folie de Eve. 89

Le XLIIe, la quinte folie. 90

Le XLIIIe, la VIe folie. 91

Le XLIIIIe, la VIIe folie. 93

Le XLVe, la VIIIe folie. 94

Le XLVIe, la IXe folie. 96

Le XLVIIe, d’un saint preudomme evesque qui prescha sur les

cointises. 98

Le XLVIIIe, de celles qui cheyrent en la boue. 100

Le XLIXe, d’une damoyselle qui portoit haulx cuevre chiefs. 102

Le Le parle d’un chevalier qui eut trois femmes et comment sa première

femme fut dampnée. 105

Le LIe, de la seconde femme du chevalier et comment elle fut

sauvée. 107

Le LIIe, de la tierce femme du chevalier et des tourmens qu’elle

souffry. 109

Le LIIIe, d’une grant baronnesse et des tourmens que l’ennemy lui

fist. 111

Le LIIIIe parle de la femme Loth. 113

Le LVe chappitre parle des filles Loth. 115

Le LVIe parle de la fille Jacob. 117

Le LVIIe, de Thomar, la femme Honnan. 118

Le LVIIIe, de la femme du prince Pharaon. 120

Le LIXe, des filles de Moab. 122

Le LXe, de la fille de Madian. 123

Le LXIe, de Thomar, la fille du roy David. 125

Le LXIIe, d’un bon homme qui estoit cordier. 126

Le LXIIIe parle du pechié d’orgueil et de Apemena la royne de

Surye. 132

Le LXIIIIe chappitre parle de la royne Vastis. 134

Le LXVe, de la femme de Aman. 136

Le LXVIe chappitre parle de la royne Gesabel. 138

Le LXVIIe, de Athalia, la royne de Jherusalem, et de Bruneheust, la

royne de France. 140

Le LXVIIIe chapitre parle d’envie, et de Marie, la suer Moyse. 142

Le LXIXe parle des femmes Archaria. 143

Le LXXe parle de convoitise et de Dalida, la femme Sampson. 144

Le LXXIe chappitre parle de courroux et d’une damoyselle de

Bethleem. 146

Le LXXIIe chappitre parle d’une dame qui ne vouloit venir au mandement

à son seigneur. 148

Le LXXIIIe chappitre parle de flatterie. 149

Le LXXIIIIe chappitre parle de descouvrir le conseil de son

seigneur. 151

Le LXXVe chappitre parle de desdaing, et de Michol, la femme

David. 153

Le LXXVIe chappitre parle de soy pignier devant les gens. 154

Le LXXVIIe chappitre parle de fole requeste et puis de la mère David,

et après de la duchesse d’Athènes. 155

Le LXXVIIIe chappitre parle de trayson. 156

Le LXXIXe chapitre parle de rappine. 157

Le IIIIxxe chappitre parle de patience, et de Anna, la femme Thobie,

et puis de la femme Job. 158

Le IIIIxx et Ie chappitre parle de laissier son seigneur et de

Herodias que le roy Herodes fortray à son frère. 161

Le IIIIxxIIe chappitre. Cy laisse à parler des mauvaises femmes, et

parlera des bonnes et de leur bon gouvernement, et comment

l’escripture les loue; et premièrement de Sarra, la femme de

Abraham. 162

Le IIIIxxIIIe chappitre parle de Rebecca. 163

Le IIIIxxIIIIe chappitre parle de Lia, la femme Jacob. 165

Le IIIIxxVe chappitre parle de Rachel. 167

Le IIIIxxVIe chappitre parle de la royne de Chippre. 168

Le IIIIxxVIIe chappitre parle de la vertu de charité et de la fille du

roy Pharaon. 169

Le IIIIxxVIIIe chappitre parle d’une bonne femme de Jherico, appellée

Raab, et puis de saincte Anataise, et puis de saincte

Arragonde. 171

Le IIIIxxIXe chappitre parle d’abstinence et parle du père et de la

mère Sampson. 174

Le IIIIxxXe chappitre parle de aprendre sagesce et clergie. 176

Le IIIIxxXIe chappitre parle de Ruth. 179

Le IIIIxxXIIe chappitre parle de soustenir son seigneur. 180

Le IIIIxxXIIIe chappitre parle de adoulcir l’ire de son

seigneur. 182

Le IIIIxxXIIIIe chappitre parle de querre conseil. 183

Le IIIIxxXVe chappitre parle d’une preude femme. 185

Le IIIIxxXVIe chappitre parle de Sarra, la femme Thobie. 187

Le IIIIxxXVIIe chappitre parle de la royne Hester. 189

Le IIIIxxXVIIIe chappitre parle de Susanne, la femme Joachim. 191

Le IIIIxxXIXe chappitre. Cy commence à parler des femmes du nouvel

testament, et premierement de saincte Helizabeth, mère de saint

Jehan Baptiste. 193

Le centiesme chappitre parle de saincte Marie Magdaleine. 194

Le CIe chappitre parle de deux bonnes dames, femmes à

mescréans. 196

Le CIIe chappitre parle de saincte Marthe, suer à la

Magdaleine. 197

Le CIIIe chappitre parle des bonnes dames qui plouroyent après nostre

seigneur quant il portoit la croix. 199

Le CIIIIe chappitre parle de pechié d’yre et puis d’une bourgoyse qui

ne vouloit pardonner ce que une femme luy avoit meffait. 201

Le CVe chappitre parle comment les dames doyvent venir à l’encontre de

leurs amis quant ilz les viennent veoir à leur hostel. 204

Le CVIe chappitre parle de l’exemple de pitié et comment un chevalier

fist champ de bataille, pour une pucelle delivrer de mort. 206

Le CVIIe chappitre parle des trois Maries. 208

Le CVIIIe chappitre parle du saige. 210

Le CIXe chappitre parle de Nostre-Dame. 212

Le CXe chappitre parle de l’umilité Nostre-Dame. 214

Le CXIe chappitre parle de la pitié Nostre-Dame. 216

Le CXIIe chappitre parle de la charité Nostre-Dame. 218

Le CXIIIe chappitre parle de la royne Jehanne de France. 220

Le CXIIIIe chappitre parle de plusieurs dames vefves. 221

Le CXVe chappitre parle d’un simple chevalier qui espousa une grant

dame. 224

Le CXVIe chappitre parle de bonne renommée. 225

Le CXVIIe chappitre parle comment on doit croire les anciens. 227

Le CXVIIIe chappitre parle des anciennes coustumes. 229

Le CXIXe chappitre parle comment nostre Seigneur loue les bonnes

femmes. 233

Le VIxx chappitre parle de la fille d’un chevalier qui perdy à estre

mariée par sa cointise. 236

Le VIxxIe chappitre parle de messire Fouques de Laval qui alla veoir

s’amie. 239

Le VIxxIIe chappitre parle des Gallois et des Galloises. 241

Le VIxxIIIe chappitre parle comment on ne doit pas croyre trop

legierement. 244

Le VIxxIIIIe chappitre parle du debat qui fut entre le chevalier de

Latour et sa femme sur le fait de amer par amour. 246

Le VIxxVe chappitre parle de la dame qui esprouva l’hermite. 266

Le VIxxVIe chappitre parle d’une dame qui estoit riche

avaricieuse. 271

Le VIxxVIIe chappitre parle d’une dame honnourable. 274

Le VIxxVIIIe chappitre parle des trois enseignements que Cathon dist à

Cathonnet, son filz, et comment Cathon essaya sa femme. 277

Cy fine la table du livre composé par le chevalier de la Tour.

Le livre du chevalier de La Tour Landry pour l'enseignement de ses filles · 第 7 / 14 题