Le livre du chevalier de La Tour a joui d’une grande vogue au moyen âge.
Souvent transcrit par les copistes, il obtint de bonne heure les
honneurs de l’impression. Publié d’abord par le père de la typographie
angloise, le célèbre Caxton, qui l’avoit traduit lui-même, il fut, neuf
ans après, traduit et imprimé en Allemagne, où il est resté au nombre
des livres populaires. Moins heureux en France, le livre du chevalier de
La Tour n’y eut que deux éditions, de la première moitié du seizième
siècle, connues seulement des rares amateurs assez heureux pour en
rencontrer un exemplaire, assez riches pour le payer un prix exorbitant.
En publiant une nouvelle édition de ce livre, nous n’avons pas en vue
son utilité pratique. Nous voulons seulement mettre dans les mains des
hommes curieux des choses du passé un monument littéraire remarquable,
un document précieux pour l’histoire des mœurs. Il est piquant et
instructif, en se rappelant comme contraste les lettres de Fénelon sur
ce sujet, de voir ce qu’étoit au xive siècle un livre sur l’éducation
des filles.