I. Camille et Madeleine.

Mme de Fleurville était la mère de deux petites filles, bonnes,

gentilles, aimables, et qui avaient l'une pour l'autre le plus

tendre attachement. On voit souvent des frères et des soeurs se

quereller, se contredire et venir se plaindre à leurs parents

après s'être disputés de manière qu'il soit impossible de démêler

de quel côté vient le premier tort. Jamais on n'entendait une

discussion entre Camille et Madeleine. Tantôt l'une, tantôt

l'autre cédait au désir exprimé par sa soeur.

Pourtant leurs goûts n'étaient pas exactement les mêmes. Camille,

plus âgée d'un an que Madeleine, avait huit ans. Plus vive, plus

étourdie, préférant les jeux bruyants aux jeux tranquilles, elle

aimait à courir, à faire et à entendre du tapage. Jamais elle ne

s'amusait autant que lorsqu'il y avait une grande réunion

d'enfants, qui lui permettait de se livrer sans réserve à ses jeux

favoris.

Madeleine préférait au contraire à tout ce joyeux tapage les soins

qu'elle donnait à sa poupée et à celle de Camille, qui, sans

Madeleine, eût risqué souvent de passer la nuit sur une chaise et

de ne changer de linge et de robe que tous les trois ou quatre

jours.

Mais la différence de leurs goûts n'empêchait pas leur parfaite

union. Madeleine abandonnait avec plaisir son livre ou sa poupée

dès que sa soeur exprimait le désir de se promener ou de courir;

Camille, de son côté, sacrifiait son amour pour la promenade et

pour la chasse aux papillons dès que Madeleine témoignait l'envie

de se livrer à des amusements plus calmes.

Elles étaient parfaitement heureuses, ces bonnes petites soeurs,

et leur maman les aimait tendrement; toutes les personnes qui les

connaissaient les aimaient aussi et cherchaient à leur faire

plaisir.

Les petites filles modèles(#15059) · 第 4 / 32 题