IX

Une nuit, sous ta terrible lune

Qui saignait parmi les brumes roses,

Tu parlais, ô soeur, de tristes choses

Comme une entant prise de rancune.

Au loin les appels des mauvais hommes

Nous montaient des vergers de la plaine

Où les arbres tordus par ta haine

Tendaient, fruits du mal amour, leurs pommes.

Tu n’entendis pas le bruit des roues

Rapportant vers les petits villages

La récolte des moissonneurs sages

Qui peinent le temps où tu te joues.

Tu cueillais les pavots de la route

Pour en festonner, plein tes mains molles,

Notre maison où l'on voit les folles

Mendier, soeurs du deuil et du doute.

Comme devant une étrange auberge

Tu fis, vocatrice de désastres,

Le signe qui flétrit les bons astres

Dans le jardin d’azur de la Vierge.

Puis effeuillant au seuil de la porte

Les fleurs de l’ombre l’une après l’une,

Tu chantas quelque chose à la Lune,

Quelque chose dont mon âme est morte.

X

O narcisses et chrysanthèmes

Do ce crépuscule d’automne

Où nos voit reprenaient les thèmes

Tant tristes du vent monotone!

Des enfants dansaient sur la route

Qui mène vers la lande noire

Où hurla jadis la déroute,

Sous la lune, des rois sans gloire.

Nous chantions des chants des vieux âges

En allant tous deux vers la ville,

Toi si grave avec tes yeux sages

Et moi dont l’âme fut si vile.

Le jour tombait au son des cloches

Dans l’eau lente de la rivière

Qui charriait vers des mers proches

La flotte à la noire bannière.

Nous fûmes trop fous pour comprendre

Les présages du crépuscule:

Voici l'ombre où l'on croit entendre

Les sanglots d’un dieu qui recule.

La flotte a fui vers d’autres astres,

Les enfants sont morts sur la route,

Et les fleurs, au vent des désastres,

Ne sont qu’un souvenir de doute.

Sais-tu le chemin de la ville,

Toi si grave avec tes yeux sages?

Ah! mon âme qui fut trop vile

A peur des chansons des vieux âges!

Petits Poèmes d'Automne · 第 16 / 37 题