VIII

Ce fut en un soir où les chansons

Des amants liés par leurs mains lasses

Mouraient, ô Dame pâle qui passes,

Au clair de la lune des moissons.

Long penchée au bord des lourds calices

Des lys, fleurs des reines et des rois,

Tu faisais le signe de la croix

Comme une qui renonce aux délices.

Chevelure éparse au vent léger,

Tu paraissais ceinte de lumière

Coutre l’ombre de la nuit première

Et les feuilles du prochain verger.

L’eau tintait tristement dans les vasques

Qu’enguirlandaient des danses d’amours

Et de satyres faisant des tours

Au rire à jamais muet des masques.

La puisant dans tes chétives mains,

Cette eau par laquelle tu fus sainte,

Tu baptisas les fleurs de l’enceinte,

Où dormait l’âme des lendemains.

Fus-tu le Remords ou la Mémoire,

O Passante aux yeux pleins de passé?

Maintenant l’eau stagne en le fossé

Et les lys sont morts avec la gloire.

De ce soir où les lentes chansons

Des amants liés par leurs mains lasses

Mouraient, ô Dame pâle qui passes,

Au clair de la lune des moissons.

Petits Poèmes d'Automne · 第 15 / 37 题