La liberté religieuse et la liberté de la presse sont non moins

pleinement exercées et garanties par la constitution, ainsi qu'on a

pu le voir. L'État ne salarie aucun culte, en les reconnaissant tous,

quels qu'ils soient; l'État n'a aucun journal officiel, et laisse

toutes les feuilles publiques paraître et circuler librement sans

timbre ni cautionnement. Dans chaque comté, l'administration des postes

va même jusqu'à transporter gratuitement tous les journaux qui s'y

publient.

Une conséquence immédiate de ces deux libertés de la chaire et de

la presse, a été de produire en Californie l'établissement d'une

foule d'Églises de toutes les sectes possibles, y compris celle de

Confucius et peut-être aussi celle de Bouddha, et la fondation d'une

infinité de journaux, politiques, commerciaux, industriels, agricoles,

scientifiques et littéraires. Leur nombre, leur format, les langues

diverses dans lesquelles ils sont rédigés, le soin même qu'on prend

de les bien imprimer, et sur un papier convenable, suivant la coutume

anglaise et américaine, étonneraient vivement la presse parisienne si

elle pouvait porter ses regards jusqu'à cet eldorado des journalistes.

Voilà bien des libertés, dira-t-on, et l'on nous croit déjà près

de la licence. La licence viendrait peut-être en d'autres pays,

mais aux États-Unis et même en Californie, il faut le reconnaître,

le tempérament froid et pratique de la race anglo-saxonne sait

ordinairement prévenir les excès. Qu'il y ait eu parfois quelques

troubles, qu'il y ait eu même quelques abus de pouvoir, c'est ce que

l'on ne peut nier; mais que l'on cite le lieu du monde où des faits

pareils et même pires ne se soient pas présentés. Quant à ceux qui

m'accuseront d'exagération ou d'enthousiasme, je leur répondrai que

je peins ce que j'ai vu, ce que j'ai mûrement examiné, et que je ne

me laisse entraîner ni par mon caprice, ni par le mirage poétique

d'institutions imaginaires.

La Californie, comme tous les États de l'Union, n'a aucune armée

permanente en temps de paix. On ne lève de troupes, dans les

États-Unis, que lorsque l'ennemi public menace la fédération. Au reste,

chaque citoyen de race blanche, jouissant d'une bonne constitution,

doit, de 18 à 45 ans, le service militaire à l'État dans lequel il

réside, et il a le devoir de marcher dès qu'il en est requis, à moins

d'être exempté par la loi. Tout se borne le plus souvent à figurer

parmi les membres d'une compagnie de volontaires faisant partie de la

milice, à avoir un uniforme et à parader de temps en temps. Ces soldats

improvisés rappellent un peu, par leurs cheveux longs, leurs favoris et

leurs faux cols, notre garde nationale parisienne, ou mieux encore les

volontaires anglais.

Bien qu'éloignée de plus de 1,200 lieues, par terre, de la capitale des

États-Unis, la Californie est gardée seulement par 15 à 1,800 soldats

de l'armée fédérale, la plupart étrangers enrôlés. Ils sont casernés

principalement dans les fortifications du port de San Francisco, et

dans les différents forts du pays, qui servent à tenir en respect les

Indiens. Si ces derniers deviennent trop remuants, on fait appel aux

volontaires, et l'on a vu ainsi la milice californienne se porter

quelquefois au secours des territoires et des États voisins ravagés

par les Peaux-Rouges. Quant à la Californie, elle ne songe nullement

à se séparer de la métropole. Grâce à cette heureuse combinaison

politique qui fait de chaque État de l'Union un gouvernement distinct,

absolument maître chez lui, cet État ne sent dès lors l'influence du

gouvernement fédéral que dans les cas d'intérêts généraux ou de défense

nationale, c'est-à-dire lorsque, livré à lui seul, il serait trop

faible pour réussir ou pour résister. Cette situation semble résumer

tous les avantages qu'on peut demander au système fédératif: elle donne

l'assurance de sa vitalité et de sa durée dans l'Amérique du Nord.

Le peuple américain, par suite des institutions libérales qui le

régissent, a acquis cette patience, ce sang-froid, ce respect religieux

de la loi qui conviennent à un peuple libre. Le type de l'Anglo-Saxon

n'a pas non plus disparu chez lui. La ténacité, la persistance dans

les vues, la hardiesse dans les entreprises, une habitude invétérée

de ne compter jamais que sur ses propres forces, enfin une résignation

stoïque opposée à tout événement difficile ou malheureux, sont autant

de traits distinctifs qui, parmi beaucoup d'autres, font aisément

reconnaître le citoyen de l'Union. Quant à l'esprit de religion et de

famille, à l'amour instinctif du foyer domestique ou du _home_, ces

sentiments se sont un peu effacés, il est vrai, surtout en Californie;

mais ils n'en existent pas moins à l'état latent dans le cœur de tout

Américain.

Celui-ci mêle peut-être à ses qualités un grand fond d'égoïsme et

un orgueil exagéré, qui, pour être généralement moins bruyant que

l'orgueil traditionnel des fils de la Castille, n'en est que plus

enraciné. Mais on ne doit pas lui contester une très-grande supériorité

de caractère, et c'est cette supériorité qui frappe tout d'abord

l'Européen arrivant pour la première fois aux États-Unis, fût-ce

même en Californie. Il y a bien, en particulier dans ce dernier

État, quelques coutumes fâcheuses qui font tache. L'Américain y est

quelquefois d'une rudesse et d'un sans-façon qui, chez les peuples

élégants et polis, seraient très-certainement hors de mise; San

Francisco d'ailleurs ne brigue pas l'honneur d'être appelé l'Athènes

du Pacifique, et se contente d'en être la reine, suivant le surnom

que les Américains lui ont donné. Il faut donc négliger les détails,

et ne pas oublier que ce ne sont encore que les institutions et les

mœurs politiques qu'on peut louer presque sans restriction chez ces

nations nouvelles. Le reste se fera plus tard: ne savons-nous pas

qu'un progrès en amène un autre? Le peuple américain est plein de séve

et de vie; jeune et vigoureux, il paraît se rajeunir encore à mesure

qu'il colonise de nouveaux déserts. Il serait à désirer que l'Amérique

espagnole eût prospéré comme sa puissante rivale. Mais elle se

décompose tous les jours et se perd dans des révolutions inextricables,

tandis que l'Anglo-Américain, calme et impassible, marche lentement,

et par des voies presque toujours sûres, à une conquête qui lui paraît

fatalement dévolue, celle de toute l'Amérique.

VI

L'OPPRESSION DES RACES DE COULEUR.

J'arrive au seul point délicat que soulève l'étude de la constitution

californienne, je veux dire l'oppression exercée contre les races de

couleur.

Bien que la Californie ne soit point un État à esclaves, bien que

l'esclavage soit aujourd'hui partout aboli dans l'Union, les races de

couleur sont proscrites en Californie, ou tout au moins poursuivies par

le mépris public, comme dans tous les États-Unis. L'individu de sang

blanc et sans nul mélange a seul droit au titre de citoyen. Le reste,

nègres, Indiens ou Chinois, n'est pas considéré comme faisant partie

de l'espèce humaine supérieure. La proscription s'étend plus loin, et

une seule goutte du sang de ces races condamnées suffit pour faire

d'un individu, dont les ancêtres étaient de race blanche, un véritable

paria. Privé naguère du droit de voter, il ne pouvait témoigner en

justice; il lui était même interdit de rien posséder. Il se trouvait

mis, en quelque sorte, hors la loi. Les emplois les plus vils lui

étaient seuls attribués.

Dans les États à esclaves, le nègre ne pouvait voyager avec le blanc,

même en omnibus, et ne devait en aucune occasion se rencontrer auprès

de lui, à table, au théâtre, à l'église. C'est tout au plus si on le

souffrait dans la rue. Quelques États libres, l'État de New-York, par

exemple, maintenaient ces distinctions honteuses pour l'humanité. En

Californie, les nègres sont également voués à l'animadversion publique,

mais ils y sont fort peu nombreux, et c'est aux Chinois que l'Américain

s'attaque de préférence. Tous les individus de race blanche, sans

distinction, ont le droit d'occuper un _claim_ ou portion de placer;

le Chinois seul ne peut posséder cette portion qu'en la louant ou

en l'achetant, et les conditions du marché sont le plus souvent

exorbitantes. Au seul Chinois on fait encore payer le _mining-tax_,

établi dans le principe sur tout mineur étranger. Cette espèce de

patente donnait le droit de travailler sur les placers. Dans quelques

comtés peu bienveillants, elle a été maintenue pour les Chinois au

taux, aujourd'hui fort onéreux, des premiers temps de l'exploitation,

soit à 4 dollars, ou un peu plus de 20 francs par mois.

Partout, en Californie, le Chinois est relégué dans des quartiers

séparés; on l'isole même entièrement, quand on peut, car il est indigne

de se mêler aux blancs. On l'accuse volontiers de tous les malheurs

publics, et surtout d'incendies et de vols. On le poursuit sans

relâche, on le dépossède, et bien souvent les lois sont impuissantes ou

inactives lorsqu'il s'agit de défendre le faible contre les injustices

du fort. Le Chinois donne cependant aux Californiens un bel exemple

de patience, de soumission et de travail. Il concourt aussi, pour

une très-large part, au bien-être industriel et commercial du pays.

Lui seul entreprend sur les placers certains travaux dont nul autre

ne se chargerait; lui seul vient fouiller le sable et glaner encore

un peu d'or sur des points réputés stériles ou trop pauvres par les

autres mineurs; mais on le violente avec acharnement, et, devant les

incessantes persécutions de ses oppresseurs, il quitte au plus tôt

une contrée si peu hospitalière. C'est ainsi que l'on voit s'arrêter

chaque jour en Californie l'immigration chinoise, qui eût pu rendre à

cet État les services les plus signalés.

Quelles que fussent les vertus utiles qui plaidaient en leur faveur,

les Chinois ont été, dès leur arrivée, l'objet constant de la

réprobation universelle. On a eu le courage d'invoquer contre eux

une infériorité relative d'intelligence, et l'on a défendu par cette

mauvaise raison les injustices plus que criantes dont on s'est rendu

coupable à leur égard.

Dès 1852, la législature de Californie faisait une loi pour prévenir

toute immigration ultérieure des races chinoises ou mongoliennes;

toutefois le gouverneur Bigler y opposa son _veto_, et la loi ne passa

pas. En 1858, la législature revint à la charge, et la loi fut alors

non-seulement votée par les deux Chambres, mais encore approuvée par

le gouverneur. Elle passa donc avec la sanction des deux pouvoirs,

législatif et exécutif: cependant, un nouvel échec l'attendait. Elle ne

tarda pas à être déclarée inconstitutionnelle par la cour suprême de

Californie, et dut être rapportée[14].

[Note 14: Il y a là, pour nous Européens, un fait politique

curieux; car il semble que lorsque le pouvoir législatif et le pouvoir

exécutif ont sanctionné une loi, le pouvoir judiciaire n'a plus qu'à

l'appliquer. Aux États-Unis il en est autrement. Si nous ouvrons, en

effet, le livre de Tocqueville: _de La Démocratie en Amérique_, nous

y lisons, tome I, chapitre VI, _du Pouvoir judiciaire_, etc..., les

lignes suivantes, qui méritent d'être méditées: «Lorsqu'on invoque,

devant les tribunaux des États-Unis, une loi que le juge estime

contraire à la constitution, il peut refuser de l'appliquer. Ce pouvoir

est le seul qui soit particulier au magistrat américain; mais une

grande influence politique en découle.

«Il est, en effet, bien peu de lois qui soient de nature à échapper

pendant longtemps à l'analyse judiciaire; car il en est bien peu qui ne

blessent un intérêt individuel, et que des plaideurs ne puissent ou ne

doivent invoquer devant les tribunaux. Or, du jour où le juge refuse

d'appliquer une loi dans un procès, elle perd à l'instant une partie de

sa force morale. Ceux qu'elle a lésés sont alors avertis qu'il existe

un moyen de se soustraire à l'obligation de lui obéir; les procès se

multiplient, et elle tombe dans l'impuissance. Il arrive alors l'une de

ces deux choses: le peuple change sa constitution, ou la législature

rapporte sa loi.

«Les Américains ont donc confié à leurs tribunaux un immense pouvoir

politique; mais en les obligeant à n'attaquer les lois que par des

moyens judiciaires, ils ont beaucoup diminué les dangers de ce

pouvoir...

«Resserré dans ses limites, le pouvoir accordé aux tribunaux américains

de prononcer sur l'inconstitutionnalité des lois, forme encore une des

plus puissantes barrières qu'on ait jamais élevées contre la tyrannie

des assemblées politiques.»]

Depuis, les malheureux Chinois ont été victimes de nouvelles levées de

boucliers. On les a notamment accusés à plusieurs reprises de faire

baisser le taux des salaires en travaillant partout à prix réduits.

Il semble prouvé, en effet, que la plupart des Chinois, surtout ceux

qu'on nomme des _coolies_, sont de simples esclaves attachés à un

maître qui les a amenés en Californie. Ce maître les loue à d'autres

Chinois, ou les laisse libres de travailler à leur guise, moyennant

une faible redevance journalière.

La lutte entre les travailleurs chinois et les autres ouvriers

californiens sera d'ailleurs toujours à recommencer. Les Chinois se

contentent du plus modeste salaire; ce sont des ouvriers très-tenaces,

fort industrieux, et ils réussissent presque toujours là où d'autres

échouent. Il n'en faut certes pas davantage pour éveiller contre eux

la jalousie des autres travailleurs, surtout quand la concurrence

vient encore surexciter l'animosité de ceux-ci. Comme les Chinois

ont en outre le malheur d'être de race jaune, ils ont nécessairement

été sacrifiés ou le seront tôt ou tard à la race blanche, la seule à

laquelle reviennent tous les droits, d'après les principes américains.

Non contents de poursuivre les Chinois, les Américains ont aussi exercé

en Californie leur esprit de proscription contre les Indiens, les

premiers maîtres du pays. Les Peaux-Rouges ont dû céder tous les jours

du terrain devant ces hardis conquérants, qui, les jugeant incapables

d'entrer dans le grand courant de la civilisation, travaillent

désormais à les anéantir. Le sol, par une sorte de loi inexorable,

paraît ainsi destiné à devenir la propriété de celui-là seul qui peut

en tirer profit. Il semble que le progrès ne peut s'opérer qu'à l'aide

de certains sacrifices douloureux, malgré la sympathie, le plus souvent

inutile, qu'on accorde aux malheureux qui en sont les victimes.

Quand on réfléchit à la dure oppression que les Américains font peser

sur les races de couleur, n'y voit-on pas aussi une sorte de fatalité

qui semble avoir inévitablement voué celles-ci à un asservissement sans

retour?

On dirait qu'à la plus démocratique des républiques modernes il faut

des ilotes, comme autrefois à Sparte, des esclaves, comme à Athènes

et à Rome. Que la liberté du plus grand nombre, dans beaucoup d'États

du nouveau monde, ne puisse marcher sans l'esclavage de quelques-uns,

n'est-ce pas là un grave sujet de méditations? Les républiques

espagnoles elles-mêmes ne sont pas exemptes du préjugé américain. Bien

qu'on s'y soit allié souvent autrefois, et qu'on s'y allie encore

aujourd'hui, aux races nègre et indienne, on n'en professe pas moins

un profond mépris pour ces races, et les hommes de _sangre azul_ ou de

sang bleu, suivant l'expression espagnole, y sont toujours les plus

honorés.

Dans la destruction graduelle des Indiens par les Américains, il y a

comme le doigt de Dieu. Si les colonies espagnoles sont si dégénérées

aujourd'hui, c'est peut-être, et elles le sentent instinctivement,

parce qu'elles ont mêlé leur sang avec celui des aborigènes. Il est

fâcheux toutefois qu'un pays libre comme l'Union, qu'une généreuse

république qui admet si noblement et si fraternellement tous les

étrangers dans son sein, ait reçu de la nature la triste mission

d'opprimer, et, suivant les cas, de proscrire, et même d'anéantir les

races de couleur. Les Américains obéissent aveuglément à ce qu'ils

croient leur devoir et leur droit, et l'on ne saurait exercer ce droit

avec un plus grand sang-froid et une plus suprême impassibilité. Mais

aussi ils savent que ce n'est qu'à ce prix qu'ils pourront faire

utilement la conquête des deux Amériques. L'aigle américaine, qui

étend déjà ses serres sur tant de pays divers, doit les étendre encore

davantage, et la devise: _E pluribus unum_ groupera encore bien des

provinces sous la bannière des États-Unis. La doctrine de Monroë, si

hautement proclamée par tous les présidents de la république dans leurs

messages annuels, ne dit-elle pas nettement que l'_Amérique appartient

aux Américains_, et qu'eux seuls ont voix dans leurs affaires? et qui

appelle-t-on aujourd'hui Américains, si ce n'est les citoyens seuls

de l'Union? Les républiques espagnoles, qui offrent presque toutes

le triste spectacle de dissensions intestines sans fin, et d'une

décomposition sociale évidente, ne marcheront au progrès et à la

civilisation que lorsqu'elles seront tombées, au moins jusqu'à Panama,

au pouvoir des Américains. Le Mexique a déjà laissé à ceux-ci plusieurs

lambeaux de son vaste territoire.

Que serait aujourd'hui la Californie, même avec la découverte de l'or,

si elle fût demeurée aux mains inhabiles de ses premiers possesseurs?

FIN.

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE III

LES PIONNIERS ET LES PEAUX-ROUGES.

I. La Reine des lacs 1

II. Le Missouri 14

III. Le pays des hautes herbes 26

IV. La diligence transcontinentale 38

V. La cité des plaines 49

VI. Les fondateurs du Colorado 63

VII. Les mineurs des Montagnes-Rocheuses 71

VIII. L'or et l'argent 85

IX. La naissance d'une ville 97

X. Les soldats du désert 112

XI. Une caravane 126

XII. Le fort Laramie 143

XIII. Un village Sioux 152

XIV. Montagnards, trappeurs et traitants 165

XV. Le grand conseil des Corbeaux 171

XVI. Monéka, la perle des prairies 208

XVII. Les sauvages 217

XVIII. La question indienne 228

XIX. L'émancipation des femmes 250

XX. La ville impériale 263

XXI. Le peuple américain 276

LES COLONS DU PACIFIQUE.

I. La découverte de l'or en Californie 283

II. L'arrivée des émigrants 290

III. Les premiers temps de San Francisco 297

IV. L'établissement d'une constitution 319

V. La démocratie californienne 338

VI. L'oppression des races de couleur 353

PARIS.--IMP. SIMON BAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.

Le grand-ouest des États-Unis · 第 17 / 17 段