XVII

On peut donc se fier à la logique naturelle. La logique m’a mené à la

contemplation de la beauté que j’ai créée strophe à strophe. C’est

bien mon œuvre. Je puis la regarder. Mais donnez-moi encore un peu

d’argile fraîche, avec mon ébauchoir.

Il faut que je retouche la courbure indécise des hanches et celle des

reins gémellés, il faut que je creuse le dos, afin qu’il ressemble à

la plage nacrée où la mer se repose. Je veux modeler jusqu’à la

merveille les jeux délicats du rhomboïde et ceux du grand psoas,

Qui fait hancher les femmes. Je veux qu’on devine sous l’ombre de la

peau la pointe des trochanters et le bâtonnet fragile des clavicules,

car la peau roule autour des muscles,

Et les muscles s’appuient sur les os, comme un lierre solide et rouge.

Les os sont la roche dont la chair est la mousse. J’aime, ô ma statue,

ton squelette immortel.

Méditez ce dernier mot, mon amie, et cultivez le jardin de votre joie.

Levez les yeux vers la fenêtre où les branches curieuses voudraient

entrer et laissez-les entrer peut-être, car vous ne les aurez pas

toujours et les barbares approchent. Où accrocherez-vous votre hamac, à

quels arbres, entre quels murs, sous quelles feuilles et quels oiseaux,

parmi quels bruits et au-dessus de quelle herbe? Pour moi, je m’enfonce

au cœur cette vision qui semble émaner de vous et que je ne puis plus

regarder sans la mélancolie que l’on éprouve devant les choses qui vont

finir et que l’on avait crues éternelles. Mais l’Amazone reste et je

suis consolé.

Lettres à l'Amazone · 第 86 / 97 题