--SONNETS EN PROSE--
I
Elle a un corps. Je ne m’en étais pas encore aperçu. Pourtant, j’avais
regardé ses cheveux, ses yeux, ses yeux surtout, j’avais touché ses
mains; je ne rassemblais pas tout cela en un faisceau vivant. Je ne
l’ai découvert qu’hier: elle a un corps.
Mes déductions sont certaines. C’est en regardant sa voix qui sortait
de sa bouche et en faisait vibrer les lèvres que cette idée s’est
imposée à moi. Comme elle leva la tête, je vis que l’origine des
vibrations était dans la gorge,
Qui se gonflait ou se creusait légèrement à leur passage. Et je vis
que la gorge se prolongeait et s’affirmait par des mouvements plus
amples et plus sensibles;
La poitrine certainement repose sur le ventre et tout va ainsi
jusqu’aux pieds qui sont les siens. Il n’y a plus aucun doute dans mon
esprit. Elle a un corps complet, essentiel.