Les Japonais ont occupé Sakhaline. Le 7 juillet, l'escadre de l'amiral
Kataoka est arrivée à la pointe du jour dans les eaux de l'île. Le
lendemain, la position de Korsakofsk, faiblement défendue, tombait entre
les mains de l'infanterie de marine nippone. Voilà le grand événement de
ces derniers jours dans la guerre d'Extrême-Orient. L'importance de ce
nouveau succès des Japonais n'échappera à personne. Pour la première
fois depuis le commencement de la guerre, les Nippons pénètrent
véritablement sur le territoire russe et, maintenant qu'ils ont
Sakhaline, ils émettent déjà la prétention de ne plus jamais s'en
dessaisir.
L'île de Sakhaline est, comme on le sait, une étroite langue de terre
qu'un détroit de 33 kilomètres à peine, le détroit de la Pérouse, sépare
de l'île nippone de Yéso. La convention d'Aïgoun (1858), ratifiée en
1860 par le traité de Péking, avait donné la presque totalité de l'île à
la Russie. En 1876, la partie sud de Sakhaline avait été cédée par le
Japon à la Russie en échange des îles Kouriles. Mais le Japon avait
considéré qu'il avait fait là un marché de dupes. Les pêcheries de
Sakhaline présentent pour les Japonais, qui se nourrissent en partie du
produit de leur pêche, une grande importance économique. Aussi,
maintenant que le contrat de 1876 est déchiré par la fortune des armes,
il semble bien improbable que la Russie puisse jamais en faire rétablir
les clauses.
[Illustration: Le général Rotiger, qui remplace le général Sakharof au
ministère de la guerre en Russie. _Phot. C.-O. Bulla._]
[Illustration: A SAKHALINE.--Un appontement à Korsakofsk.]