Si l'on n'admet pas la réincarnation, Karma n'en subsiste pas moins; un
Karma mutilé, il est vrai, écourté, sans ampleur, dont l'horizon est
borné par la mort, qui commence sa besogne et fait de son mieux dans le
peu de temps qu'il a devant soi; mais moins négligeable, moins
impuissant, inactif et désarmé qu'on ne croit. En agissant dans son
étroite sphère, il nous donne une idée assez exacte, bien que fort
incomplète de ce qu'il ferait dans la grande que nous lui refusons. Mais
ceci nous ramènerait à la question très discutable de la justice en ce
monde. Elle est à peu près insoluble, parce que ses opérations
décisives, étant intérieures et secrètes, échappent à l'observation.
Après bien d'autres qui du reste l'avaient fait mieux que moi, j'en ai
parlé ailleurs, notamment dans _Sagesse et Destinée_ et dans le _Mystère
de la Justice_; mais, comme dirait la sultane Schéhérazade, il n'y a pas
d'utilité à le répéter.