Il est bon de nous dire parfois que nous habitons, sinon un univers,
tout au moins une terre qui n'a pas encore épuisé son avenir et ses
surprises et qui est bien plus près de son commencement que de sa fin.
Elle est née d'hier et vient à peine de débrouiller son chaos. Elle est
au début de ses espoirs et de ses expériences. Nous croyons qu'elle va
vers la mort; au contraire, tout son passé nous démontre qu'il est
beaucoup plus vraisemblable qu'elle s'avance vers la vie. En tout cas, à
mesure que s'écoulent ses années, la quantité et surtout la qualité de
la vie qu'elle engendre et entretient augmente et s'améliore. Elle ne
nous a donné que les prémices de ses miracles; et il n'y a probablement
pas plus de rapport de ce qu'elle est à ce qu'elle fut qu'il n'y en a de
ce qu'elle est à ce qu'elle sera. Sans doute, quand éclateront ses plus
grandes merveilles, n'aurons-nous plus notre vie d'aujourd'hui; mais
sous une autre forme, nous serons toujours là, nous existerons toujours
quelque part, à sa surface ou dans ses profondeurs, et il n'est pas tout
à fait invraisemblable qu'un de ses derniers prodiges ne nous atteigne
dans notre poussière, ne nous réveille et ne nous ressuscite pour nous
attribuer enfin la part de bonheur que nous n'avions pas eue et nous
apprendre que nous avions eu tort de ne plus nous intéresser, par delà
nos tombes, aux destinées de cette terre dont nous n'avions pas cessé
d'être les fils immortels.