XLIII

La nuit était déjà bien avancée. Dans le dortoir installé par

l'architecte de la prison, entre le rejoignement étroit de la voûte

ogivale de l'ancienne église, et que soutenaient de distance en distance

des piliers de fonte; dans le sinistre dortoir, bas, resserré,

étouffant, mais prolongé à l'infini, les lampes fumeuses n'éclairaient

plus, sous les tristes couvertures brunes, que d'une lueur tremblotante,

les formes des prisonnières reposant dans les poses raides et

contractées d'un sommeil qui se défie. Le petit jour commençait à

_bluetter_ sur les barreaux des fenêtres. La prévôté, en son lit plus

élevé, dormait profondément. Toutes les femmes sommeillaient, et les

songes, qui rêvaient de crimes, étaient muets.

Seule, Élisa veillait encore. Un moment se soulevant dans un allongement

qui rampait, elle interrogea longuement le silence et l'ombre,

longuement scruta de l'oeil le judas de la logette de la soeur. Cela

plusieurs fois. Puis dans le lit d'Élisa, s'entendit comme

l'imperceptible grignotement d'une souris. La tête retombée sur le

traversin, en une immobilité trompeuse, la prisonnière, d'une seule

main, décousait à petit bruit un coin de son matelas. Au bout de

quelques minutes, elle retirait de la laine le papier qu'elle avait

caché dans son chignon en chemin de fer, qu'elle avait tenu des années

au fond d'une poche, le déménageant tous les six mois de sa robe d'hiver

dans sa robe d'été, qu'elle avait enfin serré dans son matelas.

Ce papier était une lettre écrite avec du sang, à l'exception d'un seul

mot, le mot «mort» tracé par une crainte superstitieuse avec de l'encre

ordinaire. L'écriture de sang était devenue bien pâle sur le papier

jauni, mais Élisa lisait avec la mémoire de son souvenir bien plus

qu'avec ses yeux.

La fille Elisa · 第 50 / 70 题