Elle aima avec les tendresses amassées dans un vieux coeur, qui n'a point
encore aimé.
Elle aima avec l'aliénation d'un cerveau, comme frappé d'une folie de
bonheur.
Elle aima avec des délicatesses, qu'on ne suppose pas exister chez ces
créatures.
Elle aima avec les douleurs révélées dans cette phrase d'une fille à un
inspecteur de police: «M'attacher à un homme, moi... jamais, il me
semble que le contact de ma peau le souillerait.» Car chez cette femme
ayant, par moments, le vomissement de l'amour physique, c'était un
supplice de se livrer «au petit homme chéri,» ainsi qu'aux passants
auxquels elle se vendait, de lui apporter dans l'acte charnel les restes
de tous, de le salir enfin, comme disait cette autre, de la publicité de
son contact.
Elle eût voulu l'aimer, être aimée de lui, rien qu'avec des lèvres qui
embrasseraient toujours.
Et continuellement sa tête, dans l'élancement pur d'un rêve chaste,
forgeait, entre elle et le _lignard_ aux fleurs, des amours avec des
tendresses ignorantes, avec des caresses ingénues, avec des baisers
innocents et doux, baisers qu'elle se rappelait avoir reçus autrefois,
toute petite fille, d'un amoureux de son âge.
Elle avait honte vraiment de dire cela à un soldat. Mais bien souvent la
révolte secrète de son corps, se dérobant aux ardeurs amoureuses de son
amant, se traduisait en des résistances emportées, rageuses, toutes
voisines des coups, et qui paraissaient singulières à cet homme, venant
de la part de cette femme, qu'il savait, qu'il sentait l'adorer.