XXXIII

Elle aima avec les tendresses amassées dans un vieux coeur, qui n'a point

encore aimé.

Elle aima avec l'aliénation d'un cerveau, comme frappé d'une folie de

bonheur.

Elle aima avec des délicatesses, qu'on ne suppose pas exister chez ces

créatures.

Elle aima avec les douleurs révélées dans cette phrase d'une fille à un

inspecteur de police: «M'attacher à un homme, moi... jamais, il me

semble que le contact de ma peau le souillerait.» Car chez cette femme

ayant, par moments, le vomissement de l'amour physique, c'était un

supplice de se livrer «au petit homme chéri,» ainsi qu'aux passants

auxquels elle se vendait, de lui apporter dans l'acte charnel les restes

de tous, de le salir enfin, comme disait cette autre, de la publicité de

son contact.

Elle eût voulu l'aimer, être aimée de lui, rien qu'avec des lèvres qui

embrasseraient toujours.

Et continuellement sa tête, dans l'élancement pur d'un rêve chaste,

forgeait, entre elle et le _lignard_ aux fleurs, des amours avec des

tendresses ignorantes, avec des caresses ingénues, avec des baisers

innocents et doux, baisers qu'elle se rappelait avoir reçus autrefois,

toute petite fille, d'un amoureux de son âge.

Elle avait honte vraiment de dire cela à un soldat. Mais bien souvent la

révolte secrète de son corps, se dérobant aux ardeurs amoureuses de son

amant, se traduisait en des résistances emportées, rageuses, toutes

voisines des coups, et qui paraissaient singulières à cet homme, venant

de la part de cette femme, qu'il savait, qu'il sentait l'adorer.

La fille Elisa · 第 39 / 70 题