À la descente du chemin de fer, Élisa montait avec sa compagne dans un
omnibus, qui la promenait le long de maisons noires, par des rues
interminables. Enfin l'omnibus, déchargé de ses voyageurs, prenait une
ruelle tournante, dont la courbe, semblable à celle d'un ancien chemin
de ronde, contournait le parapet couvert de neige d'un petit canal gelé.
La voiture avançait péniblement au milieu d'une tourmente d'hiver, à
travers laquelle,--une seconde--vaguement, Élisa aperçut, flagellé par
les rafales de givre, un grand Christ en bois, aux plaies saignantes,
que l'on entendait geindre sous la froide tempête.
Quelques instants après, au loin, dans un espace vague, au-dessus de
l'unique maison bâtie en cet endroit, Élisa voyait une lumière rouge. En
approchant, elle reconnaissait que c'était une grande lanterne carrée,
qu'elle s'étonnait, quand elle fut à quelques pas, de trouver défendue
contre les pierres des passants, par un grillage qui l'enfermait dans
une cage.
Élisa était devant la maison à la lanterne rouge, qui s'affaissait ainsi
que la ruine croulante d'un vieux bastion, et dont la porte, fermée et
verrouillée, laissait filtrer, par l'ouverture d'un judas, une lueur
pâle sur la blancheur glacée du chemin.
Le conducteur s'arrêtait, et, sans descendre, tendait leurs malles aux
deux femmes. Cela fait, ricanant et goguenardant, le grand Lolo, dit le
_Tombeur des Belles_, fouailla, du haut de son siége, les deux
voyageuses d'un petit coup de fouet d'amitié.