CHAPITRE PREMIER

I

AU mois de juillet, 1858, Mgr. de Tloa, administrateur du diocèse de

Québec, me chargeait d'aller au secours du P. Coopman, O. M. I., resté

malade à Mécatina, sur la côte du Labrador. Après avoir visité le bon

missionnaire, je devais continuer la visite des familles catholiques de

cette partie du Bas-Canada. Je laissais, le port de Québec, le vingt

juillet, à bord d'un vapeur côtier, pour aller m'embarquer, à Berthier,

sur la goëlette _Marie-Louise_, prête à faire voile vers les côtes du

Labrador.

Pendant cinq jours, un fort vent contraire nous empêcha de partir, et,

durant ce temps, je profitai de la bienveillante hospitalité de M. le

curé de Berthier. Dans l'après-midi du 25, le capitaine Narcisse Biais

me fit avertir que le vent devenant favorable, il était prêt à lever

l'ancre; et, le même soir, nous laissions le quai de Berthier, en

compagnie de plusieurs goëlettes qui, comme nous, avaient, été retenues

par le vent contraire. Le 29, nous entrions dans le port de Mingan, pour

étayer notre mât de misaine, qui s'était rompu pendant le gros temps de

la veille. Le capitaine s'adressa à l'agent du poste, monsieur

Comeau, qui s'empressa de mettre à notre disposition tous les secours

nécessaires pour réparer l'avarie. Mingan, situé à cent trente lieues

de Québec, est un poste de traite, tenu par la compagnie de la Baie

d'Hudson. Les sauvages d'une partie de la côte s'y réunissent tous les

étés, pendant la mission qu'y donne un R. P. Oblat; après avoir

arrangé leurs affaires spirituelles, ils s'occupent de leurs affaires

temporelles, et échangent leurs pelleteries pour les objets qui leur

sont nécessaires. Aujourd'hui, cependant, qu'ils peuvent facilement

trafiquer avec les marchands forains, les revenus de la compagnie, dans

cet endroit, ont dû considérablement diminuer. Les dépenses de celle-ci

sont grandes; car outre les frais requis pour l'entretien et la

direction du poste, la compagnie paie une rente assez forte aux

propriétaires de la seigneurie. D'après l'acte de concession, octroyé

en 1661, au sieur Bissot, la seigneurie de Mingan est très-grande,

puisqu'elle s'étend depuis le Cap Cormoran jusqu'à la rivière Kégashka,

et renferme ainsi près de cinquante lieues de côtes; néanmoins, elle

produit peu de revenus pour ceux qui l'exploitent.

Le port de Mingan est sûr et commode; les îles qui l'abritent permettent

d'y entrer et d'en sortir avec tous les vents. Aussi renferme-t-il

toujours des goëlettes, qui viennent s'y réfugier dans les gros temps,

ou bien y faire de l'eau et du bois. L'on y voit quelquefois réunis

vingt-cinq ou trente bâtiments, appartenant aux ports des États-Unis,

du Nouveau-Brunswick, de l'île Saint-Jean et de la Nouvelle-Écosse. Les

armateurs se rendent sur la côte pour la pêche de la morue, du hareng,

du maquereau, et aussi pour y faire quelque trafic. Depuis peu d'années,

des famines acadiennes se sont fixées dans les environs de Mingan, et

ont établi des pêcheries, qui paraissent productives, s'il en faut juger

par la grande quantité de morue étendue sur les rochers pour y sécher.

Opuscules · 第 7 / 23 题