_Sur le Tableau des Substances simples, ou du moins de celles que
l'état actuel de nos connoissances nous oblige à considérer comme
telles._
LA Chimie en soumettant à des expériences les différens corps de
la nature, a pour objet de les décomposer & de se mettre en état
d'_examiner séparément les différentes substances qui entrent dans
leur combinaison_. Cette science a fait de nos jours des progrès
très-rapides. Il sera facile de s'en convaincre si l'on consulte les
différens auteurs qui ont écrit sur l'ensemble de la Chimie: on verra
que dans les premiers tems on regardoit l'huile & le sel comme les
principes des corps; que l'expérience & l'observation ayant amené de
nouvelles connoissances, on s'apperçut ensuite que les sels n'étoient
point des corps simples, qu'ils étoient composés d'un acide & d'une
base, & que c'étoit de cette réunion que résultoit leur état de
neutralité. Les découvertes modernes ont encore reculé de plusieurs
degrés les bornes de l'analyse[7], elles nous ont éclairés sur la
formation des acides, & nous ont fait voir qu'ils étoient formés par
la combinaison d'un principe acidifiant commun à tous, l'oxygène, &
d'un radical particulier pour chacun, qui les différencie & qui les
constitue plutôt tel acide que tel autre. J'ai été encore plus loin
dans cet ouvrage, puisque j'ai fait voir, comme M. Hassenfratz, au
surplus l'avoit déjà annoncé, que les radicaux des acides eux-mêmes
ne sont pas toujours des substances simples, même dans le sens que
nous attachons à ce mot; qu'ils sont ainsi que le principe huileux, un
composé d'hydrogène & de carbone. Enfin M. Berthollet a prouvé que les
bases des sels n'étoient pas plus simples que les acides eux-mêmes, &
que l'ammoniaque étoit un composé d'azote & d'hydrogène.
[7] Voyez Mémoires de l'Académie, année 1776, page 671, & 1778, page
535.
La Chimie marche donc vers son but & vers sa perfection, en divisant,
subdivisant, & resubdivisant encore, & nous ignorons quel sera le
terme de ses succès. Nous ne pouvons donc pas assurer que ce que nous
regardons comme simple aujourd'hui le soit en effet: tout ce que nous
pouvons dire, c'est que telle substance est le terme actuel auquel
arrive l'analyse chimique, & qu'elle ne peut plus se subdiviser au-delà
dans l'état actuel de nos connoissances.
Il est à présumer que les terres cesseront bientôt d'être comptées au
nombre des substances simples; elles sont les seules de toute cette
classe qui n'aient point de tendance à s'unir à l'oxygène, & je suis
bien porté à croire que cette indifférence pour l'oxygène, s'il m'est
permis de me servir de cette expression, tient à ce qu'elles en sont
déjà saturées. Les terres, dans cette manière de voir, feroient des
substances simples, peut-être des oxides métalliques oxygénées jusqu'à
un certain point. Ce n'est au surplus qu'une simple conjecture que je
présente ici. J'espère que le lecteur voudra bien ne pas confondre ce
que je donne pour des vérités de fait & d'expérience avec ce qui n'est
encore qu'hypothétique.
Je n'ai point fait entrer dans ce tableau les alkalis fixes, tels
que la potasse & la soude, parce que ces substances sont évidemment
composées, quoiqu'on ignore cependant encore la nature des principes
qui entrent dans leur combinaison.
_TABLEAU des Radicaux ou bases oxidables & acidifiables, composés, qui
entrent dans les combinaisons à la manière des substances simples._
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| | Noms des Radicaux. | Observations. |
|--------------------------------------------------------------------|
|Radicaux oxidables {Radical }C'est la base de l'eau |
|ou acidifiables {nitro-muriatique, ou }régale des anciens |
|composés, du {radical de l'eau }Chimistes, célèbre par |
|règne minéral. {régale. }la propriété qu'elle a |
| { }de dissoudre l'or. |
| | | |
|Radicaux {Radical tartareux. }Les anciens Chimistes |
|hydro-carboneux, {Radical malique. }ne connoissoient |
|ou {Radical citrique. }point la composition |
|carbone-hydreux {Radical pyro-ligneux. }des acides, & ne se |
|du règne {Radical pyro-muqueux. }doutant pas qu'ils |
|végétal, {Radical pyro-tartareux. }fussent formés de la |
|susceptibles {Radical oxalique. }réunion d'un radical |
|d'être oxidés {Radical acéteux. }particulier à chacun |
|& acidifiés. {Radical succinique. }d'eux & d'un principe |
| {Radical benzoïque. }acidifiant commun à |
| {Radical camphorique }tous, ils n'ont pu |
| {Radical gallique. }donner aucun nom à des |
| | }substances dont ils |
|Radicaux {Radical lactique. }n'avoient aucune idée: |
|hydro-carboneux ou {Radical saccholactique. }nous nous sommes donc |
|carbone-hydreux du {Radical formique. }trouvés dans la |
|règne animal dans {Radical bombique. }nécessité de créer une |
|la composition {Radical sébacique. }Nomenclature pour cet |
|desquels entre {Radical lithique. }objet; mais nous avons |
|presque toujours {Radical prussique. }prévenu en même tems |
|l'azote & souvent | }que cette Nomenclature |
|le phosphore, & | }seroit susceptible de |
|qui sont | }modification, à |
|susceptibles d'être| }mesure que la nature |
|oxidés& acidifiés. | }des radicaux composés |
|XI. | }seroit mieux connue. |
| | }Voyez ce que j'ai dit |
| | }à cet égard, chapitre |
| | }XI. |
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Les radicaux du règne végétal donnent par un premier degré
d'oxigénation des oxides végétaux; tels que le sucre, l'amidon, la
gomme ou le muqueux. Les radicaux animaux donnent des oxides animaux,
tels que la limphe, &c. &c.