_Suite des réflexions sur les bases salifiables, & sur la formation
des Sels neutres._
TELLES sont les bases salifiables, c'est-à-dire, susceptibles de se
combiner avec les acides, & de former des sels neutres. Mais il faut
observer que les alkalis & les terres entrent purement & simplement
dans la composition des sels neutres, sans aucun intermède qui serve
à les unir; tandis qu'au contraire les métaux ne peuvent se combiner
avec les acides, qu'autant qu'ils ont été préalablement plus ou moins
oxygénés. On peut donc rigoureusement dire que les métaux ne sont point
dissolubles dans les acides, mais seulement les oxides métalliques.
Ainsi lorsqu'on met une substance métallique dans un acide, la première
condition pour qu'elle puisse s'y dissoudre, est qu'elle puisse s'y
oxider, & elle ne le peut qu'en enlevant de l'oxygène, ou à l'acide,
ou à l'eau, dont cet acide est étendu: c'est-à-dire, en d'autres
termes qu'une substance métallique ne peut se dissoudre dans un acide,
qu'autant que l'oxygène qui entre, soit dans la composition de l'eau,
soit dans celle de l'acide, a plus d'affinité avec le métal, qu'il
n'en a avec l'hydrogène ou la base acidifiable; ou, ce qui revient
encore au même, qu'il n'y a de dissolution métallique, qu'autant qu'il
y a décomposition de l'eau ou de l'acide.
C'est de cette observation simple, qui a échappé, même à l'illustre
_Bergman_, que dépend l'explication des principaux phénomènes des
dissolutions métalliques. Le premier de tous & le plus frappant est
l'effervescence, ou, pour parler d'une manière moins équivoque, le
dégagement de gaz qui a lieu pendant la dissolution. Ce gaz dans
les dissolutions par l'acide nitrique est du gaz nitreux; dans les
dissolutions par l'acide sulfurique, il est ou du gaz acide sulfureux,
ou du gaz hydrogène, suivant que c'est aux dépens de l'acide sulfurique
ou de l'eau que le métal s'est oxidé.
Il est sensible que l'acide nitrique & l'eau étant composés l'un &
l'autre de substances qui séparément ne peuvent exister que dans l'état
de gaz, du moins à la température dans laquelle nous vivons, aussitôt
qu'on leur enlève l'oxygène, le principe qui lui étoit uni doit entrer
sur le champ en expansion, il doit prendre la forme gazeuse, & c'est
ce passage rapide de l'état liquide à l'état gazeux qui constitue
l'effervescence. Il en est de même de l'acide sulfurique; les métaux,
en général, sur-tout par la voie humide, n'enlèvent point à cet acide
la totalité de l'oxygène; ils ne le réduisent point en soufre, mais
en acide sulfureux qui ne peut également exister que dans l'état de
gaz au degré de température & de pression dans lequel nous vivons. Cet
acide doit donc se dégager sous la forme de gaz, & c'est encore à ce
dégagement qu'est due l'effervescence.
Un second phénomène est que toutes les substances métalliques se
dissolvent sans effervescence dans les acides quand elles ont été
oxidées avant la dissolution: il est clair qu'alors le métal n'ayant
plus à s'oxider, il ne tend plus à décomposer ni l'acide ni l'eau;
il ne doit donc plus y avoir d'effervescence, puisque l'effet qui le
produisoit n'a plus lieu.
Un troisième phénomène est que tous les métaux se dissolvent sans
effervescence dans l'acide muriatique oxygéné: ce qui se passe dans
cette opération mérite quelques réflexions particulières. Le métal
dans ce cas enlève à l'acide muriatique oxygéné son excès d'oxygène;
il se forme d'une part un oxide métallique, & de l'autre de l'acide
muriatique ordinaire. S'il n'y a pas d'effervescence dans ces sortes
de dissolutions, ce n'est pas qu'il ne soit de l'essence de l'acide
muriatique d'exister sous la forme de gaz au degré de température
dans lequel nous vivons, mais ce gaz trouve dans l'acide muriatique
oxygéné plus d'eau qu'il n'en faut pour être retenu & pour demeurer
sous forme liquide; il ne se dégage donc pas comme l'acide sulfureux, &
après s'être combiné avec l'eau dans le premier instant, il se combine
paisiblement ensuite avec l'oxide métallique qu'il dissout.
Un quatrième phénomène est que les métaux qui ont peu d'affinité pour
l'oxygène, & qui n'exercent pas sur ce principe une action assez
forte pour décomposer, soit l'acide, soit l'eau, sont absolument
indissolubles: c'est par cette raison que l'argent, le mercure, le
plomb, ne sont pas dissolubles dans l'acide muriatique, lorsqu'on les
présente à cet acide dans leur état métallique; mais si on les oxide
auparavant, de quelque manière que ce soit, ils deviennent aussitôt
très-dissolubles, & la dissolution se fait sans effervescence.
L'oxygène est donc le moyen d'union entre les métaux & les acides; &
cette circonstance qui a lieu pour tous les métaux comme pour tous
les acides, pourroit porter à croire que toutes les substances qui
ont une grande affinité avec les acides contiennent de l'oxygène. Il
est donc assez probable que les quatre terres salifiables que nous
avons désignées ci-dessus contiennent de l'oxygène, & que c'est par ce
_latus_ qu'elles s'unissent aux acides. Cette considération sembleroit
appuyer ce que j'ai précédemment avancé à l'article des terres, que ces
substances pourroient bien n'être autre chose que des métaux oxidés
avec lesquels l'oxygène a plus d'affinité qu'il n'en a avec le charbon,
& qui par cette circonstance sont irréductibles. Au reste ce n'est ici
qu'une conjecture que des expériences ultérieures pourront seules ou
confirmer ou détruire.
Les acides connus jusqu'ici sont les suivans; nous allons en les
désignant, indiquer le nom du radical ou base acidifiable dont ils sont
composés.
Noms des acides. | Nom de la base acidifiable ou radical de
| chaque acide, avec des observations.
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1 Sulfureux. } Soufre.
2 Sulfurique. }
3 Phosphoreux. } Phosphore.
4 Phosphorique. }
5 Muriatique. } Radical muriatique.
6 Muriatique oxygéné.}
7 Nitreux. } Azote.
8 Nitrique. }
9 Nitrique oxigéné. }