_De la décomposition du Gaz oxygène par les métaux, & de la formation
des Oxides métalliques._
LORSQUE les substances métalliques sont échauffées à un certain degré
de température, l'oxygène a plus d'affinité avec elles qu'avec le
calorique: en conséquence toutes les substances métalliques, si on en
excepte l'or, l'argent & le platine, ont la propriété de décomposer le
gaz oxygène, de s'emparer de sa base & d'en dégager le calorique. On a
déjà vu plus haut comment s'opéroit cette décomposition de l'air par
le mercure & par le fer; on a observé que la première ne pouvoit être
regardée que comme une combustion lente; que la dernière au contraire
étoit très-rapide & accompagnée d'une flamme brillante. S'il est
nécessaire d'employer un certain degré de chaleur dans ces opérations,
c'est pour écarter les unes des autres les molécules du métal, &
diminuer leur affinité d'aggrégation, ou ce qui est la même chose,
l'attraction qu'elles exercent les unes sur les autres.
Les substances métalliques pendant leur calcination augmentent de
poids à proportion de l'oxygène qu'elles absorbent; en même-tems
elles perdent leur éclat métallique & se réduisent en une poudre
terreuse. Les métaux dans cet état ne doivent point être considérés
comme entièrement saturés d'oxygène, par la raison que leur action
sur ce principe est balancée par la force d'attraction qu'exerce sur
lui le calorique. L'oxygène dans la calcination des métaux, obéit
donc réellement à deux forces, à celle exercée par le calorique, à
celle exercée par le métal; il ne tend à s'unir à ce dernier qu'en
raison de la différence de ces deux forces, de l'excès de l'une sur
l'autre, & cet excès en général n'est pas fort considérable. Aussi
les substances métalliques, en s'oxygénant dans l'air & dans le gaz
oxygène, ne se convertissent-elles point en acides, comme le soufre,
le phosphore & le charbon: il se forme des substances intermédiaires
qui commencent à se rapprocher de l'état salin, mais qui n'ont pas
encore acquis toutes les propriétés salines. Les anciens ont donné le
nom de chaux, non-seulement aux métaux amenés à cet état, mais encore
à toute substance qui avoit été exposée long-tems à l'action du feu
sans se fondre. Ils ont fait en conséquence du mot _chaux_ un nom
générique, & ils ont confondu sous ce nom, & la pierre calcaire, qui
d'un sel neutre qu'elle étoit avant la calcination, se convertit au
feu en un alkali terreux, en perdant moitié de son poids, & les métaux
qui s'associent par la même opération une nouvelle substance dont la
quantité excède quelquefois moitié de leur poids, & qui les rapproche
de l'état d'acide. Il auroit été contraire à nos principes de classer
sous un même nom des substances si différentes, & sur-tout de conserver
aux métaux une dénomination si propre à faire naître des idées fausses.
Nous avons en conséquence proscrit l'expression de chaux métalliques, &
nous y avons substitué celui d'_oxides_, du grec οξυς.
On voit d'après cela combien le langage que nous avons adopté est
fécond & expressif; un premier degré d'oxygénation constitue les
oxides; un second degré constitue les acides terminés en _eux_,
comme l'acide nitr_eux_, l'acide sulfur_eux_; un troisième degré
constitue les acides en _ique_, tels que l'acide nitr_ique_, l'acide
sulfur_ique_; enfin nous pouvons exprimer un quatrième degré
d'oxigénation des substances, en ajoutant l'épithète d'_oxygéné_, comme
nous l'avons admis pour l'acide muriatique oxygéné.
Nous ne nous sommes pas contentés de désigner sous le nom d'_oxides_
la combinaison des métaux avec l'oxygène; nous n'avons fait aucune
difficulté de nous en servir pour exprimer le premier degré
d'oxygénation de toutes les substances, celui qui, sans les constituer
acides, les rapproche de l'état salin. Nous appellerons donc _oxide
de soufre_, le soufre devenu mou par un commencement de combustion;
nous appellerons oxide de phosphore la substance jaune que laisse le
phosphore quand il a brûlé.
Nous dirons de même que le gaz nitreux, qui est le premier degré
d'oxygénation de l'azote, est un oxide d'azote. Enfin le règne végétal
& le règne animal auront leurs oxides, & je ferai voir dans la
suite combien ce nouveau langage jettera de lumières sur toutes les
opérations de l'art & de la nature.
Les oxides métalliques ont, comme nous l'avons déjà fait observer,
presque tous des couleurs qui leur sont propres, & ces couleurs varient
non-seulement pour les différens métaux, mais encore suivant le degré
d'oxygénation du même métal. Nous nous sommes donc trouvés obligés
d'ajouter à chaque oxide deux épithètes, l'une qui indiquât le métal
oxidé, l'autre sa couleur; ainsi nous dirons oxide noir de fer, oxide
rouge de fer, oxide jaune de fer; & ces expressions répondront à celles
d'éthiops martial, de colcothar, de rouille de fer ou d'ocre.
Nous dirons de même oxide gris de plomb, oxide jaune de plomb, oxide
rouge de plomb; & ces expressions désigneront la cendre de plomb, le
massicot & le minium.
Ces dénominations seront quelquefois un peu longues, sur-tout quand
on voudra exprimer si le métal a été oxidé à l'air, s'il l'a été par
la détonation avec le nitre ou par l'action des acides; mais au moins
elles seront toujours justes & feront naître l'idée précise de l'objet
qui y correspond.
Les tables jointes à cet Ouvrage, rendront ceci plus sensible.