Le même plat pour tous, pour tous la même gourde
Pleine d’un vin épais qui sentait le goudron
Et, tous, l’on s’empiffrait à même le chaudron
De pois chiches très durs et de soupe très lourde.
Autour du puchero l’on s’asseyait en rond
Et chacun racontait son histoire ou sa bourde,
Trop heureux quand un merle, une alouette, un tourde
Venait corser un peu le menu du patron.
L’escopette pendue à l’arçon de la selle
Et fiers de n’avoir guère allégé l’escarcelle,
Les émigrants étaient dehors au point du jour.
Par des sentiers poudreux, ou des routes fangeuses
Contemplant les sierras lointaines et neigeuses
Et vibrants sous la joie immense du retour.