Remembro te so que t’ai dich deja:
Siave es aima, melhour poutouneja;
Mais que poutoun que t’agrade capinho!
Balho mais sanc vin que razin de vinho;
Trato ta vido a cops durs, coumo fai
En camps peirous lou vailet de l’arai.
Rappelle-toi ce que je t’ai dit déjà:--L’amour est suave,
meilleur est le baiser;--plus que le baiser puisse te plaire la
caresse!--Le vin enrichit plus le sang que le raisin sur
pied;--sache traiter la vie à coups durs, comme fait,--si le sol
est pierreux, le serviteur de la charrue.
--Je ne suis jamais encore venue ici avec vous autres, me dit Ève. Mais
je parierais en connaître les bons coins mieux que toi. Suis-moi, mon
seigneur! Je vais t’initier aux détours de ton futur domaine.
C’était quelques minutes après notre arrivée, au plus brûlant de
l’après-midi. Une grande lassitude souriante me meurtrissait et me
ravissait tout ensemble. Ma fiancée, elle, était fraîche, pure et nette:
une salamandre au sortir d’une demeure ignée.
Les chasseurs s’ébattaient sur la terrasse, ou changeaient de linge plus
loin, derrière les paravents précaires des bosquets, en s’envoyant et se
renvoyant des propos joyeux et des quolibets de haute liesse. Ève et
moi, nous nous contentâmes d’échanger avec ferveur des caresses rapides
et des sourires, tandis que nous nous échappions loin de tout cela, le
long du maître-corridor du castel. Au «bout du Sud», les pièces
abandonnées et délabrées commençaient; une émouvante odeur de moisissure
séculaire rôdait sous les plafonds, et il nous semblait, tandis que nous
poursuivions notre marche, qu’elle s’accrochait à nos pas, s’agglomérant
d’instant en instant, comme les poussières des routes aux fagots qu’on
laisse traîner, freins de fortune, derrière les véhicules rustiques, aux
descentes des côtes rudes et non prévues.
Ève poussa une porte:
--C’était la chapelle.
Il n’y avait là que du foin entassé, qui masquait l’autel vermoulu, du
très vieux foin oublié là, et qui n’embaumait plus.
--Il y a aussi, continuait Ève, une Vierge qu’un berger trouva jadis et
apporta à mon grand-père. Toute petite, quand la chapelle était encore
consacrée, ma mère me voua pour vingt ans au bleu et au blanc devant
elle... Puis notre chapelain partit un soir avec la fille du garde... Je
sais où est la statue, c’est moi qui l’ai cachée: regarde...
Elle souleva une trappe aménagée dans le parquet et l’image apparut:
elle était de bronze vert, petite et assez malmenée par les âges; sur le
socle ébréché, fendillé, on pouvait distinguer encore des caractères
grecs, et notamment le commencement du nom de la chasseresse
irréprochable:
ΑΡΤΕΜ... ΙΕΡ...
--Racontons-lui, à elle aussi, que nous nous aimons, dis-je par jeu à
Ève...
J’avais pris l’image dans mes mains et je l’élevais contre le jour
pauvre qui tombait des vitraux encrassés. Je ne pus m’empêcher de
remarquer à haute voix: «De profil, Ève, elle te ressemble...» C’était
vrai. Je replaçai alors l’image dans sa cachette avec une émotion
véritablement religieuse.
Nous nous taisions à présent, en face l’un de l’autre, les mains unies,
en souriant ineffablement ou niaisement, envahis tous les deux d’un
désir de possession et de volupté qui ne nous apparaissait peut-être pas
très clairement encore, mais qui séchait nos gorges et qui faisait nos
regards se fuir. J’attirai la vierge contre moi, dans le foin sans odeur
où sa tête se renversa comme ferait sur sa tige une fleur maladroitement
cueillie et meurtrie au ras du calice. Au pied de l’autel désaffecté, le
grand Maître païen préludait-il pour elle et pour moi sur ses véhémentes
et silencieuses orgues? Les pointes des seins virginaux, musclés,
libres, appelaient des caresses à travers la blouse comme immatérielle
de linon, et mes mains se désunissaient déjà de celles d’Ève pour
chercher sur elle leur plaisir ailleurs.
Ce fut alors qu’un rire étrange retentit, à la hauteur d’un des vitraux,
derrière nous,--un rire à la fois insolent et haineux, charmant
pourtant, et clair, et qui me fit penser au bruit d’une belle coupe de
cristal brutalement brisée. Nous sursautâmes. Le rire s’éloigna, non
sans retentir une ou deux fois encore dans l’ombre d’un bosquet voisin.
Je haussai les épaules:
--Une plaisanterie idiote... un farceur qui nous aura guettés,
déclarai-je... Si cela lui semble spirituel!
D’ailleurs, je n’étais pas très convaincu de ce que j’avançais de la
sorte.
Nous sortîmes de la chapelle, un peu gênés, un peu effrayés même, à vrai
dire.
* * * * *
J’ai dit que le jour de l’arrivée, il y avait également frairie pour les
gens du lieu, qu’on tuait un bœuf et qu’il y passait. Au moment où
l’égorgeur habituel des animaux comestibles,--un vague parent de mémé
Zanoun,--vint prendre les ordres du marquis Sulpice, celui-ci réfléchit,
opération qui consistait pour lui à se gratter le front d’une main et le
menton de l’autre, puis ordonna:
--Hé! mon gaillard, va chercher l’animal. Je veux tâter ses flancs pour
voir s’il est gras.
Il avait une idée à lui, un projet amoureusement caressé, sans doute,
durant les affres du voyage en carriole. Il nous regardait d’un air qui
voulait en dire plus long, la bouche contournée par d’astucieux
sourires, l’œil pétillant. Toute sa personne avait l’air de nous
signifier: vous allez voir ce que vous allez voir!... Aussi fut-ce avec
beaucoup d’intérêt que nous fîmes cercle autour de lui, tandis qu’il
ôtait sa casquette, sa veste de velours brunâtre et côtelé, et qu’il
retroussait méticuleusement les manches de sa chemise sur ses biceps
d’athlète, où le soleil couchant semblait faire flamber les poils
blonds.
Lorsque l’égorgeur eut amené la bête en face de lui, il la considéra
avec une admiration qu’elle méritait, la flatta de sa large main
promenée sur ses naseaux; puis, il se mit en solide posture sur ses
jambes, tapa le sol du pied comme pour y incruster ses talons et y
prendre racine, et... vlan! son poing s’abattit sur le front du bœuf,
par trois fois... Et, à la troisième fois que le poing s’abattit sur le
front du bœuf, celui-ci s’affaissa sur les genoux, avec un long
renâclement, les yeux exorbités et vagues.
Alors, le marquis Sulpice dégaîna son couteau de chasse et, tombant à
genoux lui aussi, perça la gorge râlante de la victime. Nous
l’entendions pousser de grands éclats de rire; nous ne parlions pas,
nous respirions avec une sorte de discrétion, comme s’il n’y avait eu de
place que pour ses rires à lui, dans l’étroitesse de notre cercle. Quand
il se redressa, ravi de sa prouesse, il était superbe, il ruisselait de
soleil et de sang.
Était-ce parce que ce sang avait rejailli sur certains d’entre nous? Une
sorte de fureur joyeuse et goguenarde exalta aussitôt les plus
pusillanimes, les plus gâteux, les plus indifférents, et il me sembla
durant quelques instants, à moi-même, qu’un voile très rouge tombait
entre mes yeux et le soir. J’aimai, j’aimerai toujours cette exaltation
mystique et féroce qui me transporta dans cette minute-là au sommet de
mon désir d’Ève et de mon amour pour elle, pour elle qui était près de
moi et qui contemplait la mort, reniflait son odeur, les prunelles
chavirées d’extase et les narines voluptueusement pincées.
--Ça, c’est tuer, dit enfin quelqu’un.
Le mot bref et magique «tuer» eut alors un extraordinaire écho dans ce
qui nous servait d’âmes. La figure poupine du jeune Gonteyrac présenta
même quelque noblesse tandis qu’il hurlait, très ivre, en brandissant un
épieu qui s’était trouvé à portée de sa main: «C’est avec ça que
j’attendrai le premier solitaire... Avec ça que je veux le tuer... le
tuer...» Déjà, les tout petits, paysans ou messieurs, participant à
notre délire, s’étaient mis à jouer à la guerre et barbouillaient
scrupuleusement avec le sang du bœuf les faces de ceux d’entre eux que
leur peu de prestige destinait à figurer les morts.
Le dîner fut servi sur la terrasse; ce soir-là, les domestiques eurent
assez d’ouvrage à remplir les grandes _dournes_ de grès aussitôt vidées.
La nuit vint tandis que le bœuf achevait de rôtir; on alluma tout autour
de la table de grandes torches de résine dans la lueur desquelles
vinrent rôder, avec les chauves-souris au vol titubant, les grands
papillons nocturnes dont le vol semble s’appuyer sur du velours et du
silence.
Et, soudain, la lune, la pleine lune immense et solennelle, se fit une
place digne d’elle dans le ciel, dispersant d’un coup les nuages voisins
comme des troupeaux de monstres domptés et traitant les étoiles en
serves. Ce fut alors un magnifique spectacle. Au nord, la forêt
déroulait ses houles feuillues, à qui le double baiser de l’automne et
de la lune donnait par moment une rousseur non plus dorée, mais
phosphorescente. Partout ailleurs, il n’y avait que le moutonnement
chaotique du désert couleur de craie ou d’ocre. La Lune brillait
tellement là-dessus qu’un de ses paysages, tels que nous sommes en droit
de les imaginer, y semblait par elle prêté aux Terrestres. Les rares
arbres qui avaient pu grandir tant soit peu sur le sol déshérité de ces
causses étaient, dans tant de blancheur froide et crue, comme des
griffonnages perpétrés par un dément ou imaginés en rêve; leurs ombres
s’allongeaient étrangement à leurs bases, comme une légende au-dessous
d’un dessin obscur. On voyait, proches ou lointaines, scintiller les
vitres de quatre chaumines. L’aspect de ces coteaux ruisselants de
clarté, de ces combes remplies jusqu’aux bords de ténèbres nous
transportait loin de la vie ou semblait nous obliger à user de nouveaux
sens, ignorés des humains ou délaissés par eux. La blancheur du désert
réverbérait dans tous les sens les rayons de l’astre, à tel point qu’on
percevait presque tangiblement, dans l’infini nocturne du ciel, le
va-et-vient tumultueux de la lumière. Soudain des coqs (leur devoir est
de saluer l’aube) n’y comprirent plus rien et claironnèrent à tout
hasard sur les perchoirs des lointaines et dormantes métairies.
Mais ce fut un bien plus beau vacarme quand un des chiens, au chenil,
s’étant éveillé, eut remarqué le ciel par la lucarne et se fut mis à
hurler à la lune. Ils étaient là une trentaine de molosses cévenols, au
front large vallonné d’une dépression qui joignait la nuque aux narines,
aux crocs formidables sous les rouges babines, aux pattes d’acier. Leur
race se perpétuait, religieusement entretenue et surveillée, dans la
maison d’Escorral. Scaliger a fait déjà mention d’eux dans ses lettres
familières. A présent, les petits, en venant au monde, y apportaient,
dans leurs têtes mafflues et rudes, tous les bons principes et les
recettes de chasse que leurs aïeux avaient jadis acquis en peinant, sous
le fouet d’instructeurs émérites. On leur conservait les noms éclatants
que, jadis, les bergers sauvages des Causses avaient coutume de donner
aux gardiens de leurs troupeaux: Yol, Lugret, Singlar, Flamb, Loupas,
Autanas, Parpelho; et leurs derniers descendants les portent peut-être
encore, tandis que les paysans du pays, depuis que le suffrage universel
a décidément répandu autour d’eux ses lumières, appellent en général
leurs chiens Ravachol, Caserio, Youpin, Chauchard et même Azor, ce qui
est évidemment bien plus spirituel ou distingué.
* * * * *
Un chien hurla donc, et les autres s’éveillèrent à leur tour,
reniflèrent, observèrent; et, quand ils eurent vu les violents rayons de
lune entrer comme pour les fouailler par les lucarnes du chenil, ils se
dirent très raisonnablement que, pour un coup, le camarade n’avait pas
rêvé,--ce qui arrive aux chiens encore plus souvent qu’aux hommes,--et
qu’il y avait réellement lieu de s’émouvoir. Ce fut une belle musique,
et telle qu’elle coupa court, autour de notre table, aux rires, aux
conversations et aux chansons. Un valet fut prié d’aller mettre ordre,
avec l’aide de quelques coups de fouet, à ce tumulte, mais les coups de
fouet, loin de l’apaiser, parurent lui donner un regain de sonorité;
puis nous vîmes revenir le valet, ruisselant de sueur et très pâle. Il
déclara:
--J’ai foutu le camp. Ils m’auraient bouffé tout cru.
Un rire résonna dans le silence qui suivit cet aveu pitoyable, au bas de
la terrasse, dans l’ombre. Nous nous regardâmes, Ève et moi, à travers
la table par la largeur de laquelle nous étions séparés. Nous avions
déjà entendu ce rire là, bizarre et clair, tinter au-dessus de nous,
quand nous étions tout près de nous aimer mieux qu’en paroles, dans
l’ancienne chapelle.
Quelques-uns d’entre nous sursautèrent; le valet manqua de s’évanouir et
le marquis Sulpice fut obligé de le soutenir paternellement:
--Vous comprenez?... bégaya le pauvre diable... Ce soir, rien à faire!
_La Louperoune!_
Les plus jeunes essayèrent de rire à leur tour, pour se moquer, mais
leur rire sonna très faux. La Louperoune, c’est, en Haut-Quercy, une
sorte de loup-garou femelle, atroce, féroce, impitoyable, qui peut en
outre revêtir les formes les plus gracieuses et les plus séduisantes
pour la meilleure réalisation de ses sombres desseins.
--Va te coucher, dit au valet M. d’Escorral en haussant les épaules.
--Non... Apporte-moi plutôt quatre ou cinq vieux sacs, ordonna à son
tour M. de Fontès-Houeilhacq...
Et, se tournant vers le marquis qui parlait déjà d’égorger cinq ou six
chiens et de les pendre dans le chenil, pour l’exemple:
--Cela ne servirait de rien, crois-moi, Sulpice. Tu pourrais les égorger
tous, au risque d’ailleurs d’être auparavant étranglé par eux; ils ne te
connaissent pas, ce soir, et tes ordres les laisseraient aussi
indifférents que si tu les leur donnais depuis l’autre bout de la Terre.
Sulpice grogna, tandis que le valet apportait les vieux sacs demandés:
--Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie?
--Tu vas voir, répondit M. de Fontès-Houeilhacq avec beaucoup de calme.
Les aboiements et les hurlements devenaient plus furieux et plus
retentissants encore. M. de Fontès-Houeilhacq et le valet se dirigèrent
du côté du chenil, celui-ci suivant celui-là, l’un titubant à cause du
vin, l’autre à cause de la peur. Peu après, les chiens se turent. Ce fut
pour nous tous, je dois le dire, non seulement un soulagement véritable,
mais une sorte de libération, la fin d’une hantise ou d’un songe
trouble...
--Allons nous coucher, fit Sulpice d’Escorral un peu vexé... Il sera si
fier de lui, à son retour, que nous en aurions pour deux heures au moins
à l’entendre radoter et débiter des sornettes.
Ève s’était éclipsée déjà. M. de Fontès-Houeilhacq revint seul et dit
simplement:
--Voilà. Ils ne risqueront plus d’entendre cette nuit la voix de la
Lune. Là-dessus, messieurs...
Il nous tira sa révérence.
--Ça vaut mieux comme ça, goguenarda le marquis d’Escorral quand il eut
disparu... Pour une fois qu’il est dans son bon sens, je m’en voudrais
de ne pas suivre son exemple...
Un quart d’heure plus tard j’étais seul sur la terrasse, mes égaux, avec
une discrétion presque insolente, ayant pris l’habitude de ne se plus
occuper de moi.
* * * * *
Je n’avais pas sommeil. J’errai au hasard dans le parc où, soudain,
j’eus l’impression d’être épié par une invisible et sournoise présence.
Cela ne me troubla pas, du reste, outre mesure, et je n’en accusai que
mes nerfs. Je les sentais vibrer et grincer en moi, toutes les fois que
se dessinait devant mes yeux clos l’image d’Ève, avec une intensité
inquiétante, qui décuplait celle des images et des sentiments épars en
moi, comme pour d’autres fait l’ivresse. A mon excuse, un grand conseil
de volupté s’exhalait de cette terre aride et surchauffée, de ce parc où
la vie menue des gazons, menacée par le soleil du jour, exhalait, de
rage, tous ses parfums d’un coup dans l’ombre. Je passai près du chenil
maintenant silencieux et dont M. de Fontès-Houeilhacq avait calfeutré
les lucarnes... La présence me sembla de nouveau se manifester dans
l’ombre. Du gravier cria sous des pieds menus, hors de mon regard, de
l’autre côté du chenil. Les chiens grondèrent, mais non plus, cette
fois, en l’honneur de la lune... En mon honneur, alors? Je ne le crus
pas.
Rentré au château, je passai devant la chambre d’Ève très vite. Mon gîte
à moi était à quelque vingt mètres de là, dans un réduit démeublé que
Mémé Zanoun, qui me gâtait, me réservait chaque an; la bonne vieille y
avait préparé sur le parquet une belle couchette dont un matelas, des
draps embaumés et rudes, et des peaux de biques «pour en cas», faisaient
les frais. La lune m’agaçait comme les chiens et j’eus pour moi-même une
sollicitude analogue à celle que M. de Fontès-Houeilhacq leur avait
témoignée: je bourrai d’une peau de bique ma lucarne, et ce fut la nuit
noire, où le bruit du travail perpétré par les tarets dans les vieilles
boiseries exaspéra soudain mes oreilles comme les rayons de lune avaient
fait pour mes yeux... J’étais très las; pourtant, je souhaitais des
choses impossibles et même redoutables... Des rêves commençaient à
danser autour de moi alors que le sommeil continuait à se faire prier de
venir... Soudain, la porte grinça, si discrètement que je crus tout
simplement, dans la seconde, au remue-ménage d’un taret plus affairé que
les autres.
--Chut! fit une voix, tandis que je sentais se glisser près de moi, sous
les draps embaumés et rudes, une tendre chair féminine, une tiédeur, un
parfum qui, comme celui des draps, faisait penser à de l’herbe au
soleil, à des mousses dans des grottes...
Un baiser sauvage,--pour plus de prudence, pensai-je...--ferma mes
lèvres. A quoi bon, du reste, parler? Je n’en avais point envie le moins
du monde... J’étais bien sûr de rêver...
Quand je m’éveillai, au matin, très tard, les aboiements des chiens et
les coups de feu retentissaient, au loin, dans la forêt... Je me
soulevai paresseusement, débouchai la lucarne; un flot de soleil vint
frapper sur mon coussin une mèche de cheveux à dessein déposée là: des
cheveux inconnus, d’un blond singulier, miraculeux; quand je les eus
soulevés pour les faire miroiter en face du soleil, ce fut comme si le
rêve de la nuit s’était poursuivi, car je ne les apercevais plus, leur
couleur et leur transparence s’étant confondues absolument avec la
lumière.