VII

Nous avons dit que la douleur propre de l'esprit est la douleur de ne

pas connaître ou de ne pas comprendre, qui renferme la douleur de ne pas

pouvoir; car qui connaît les causes suprêmes, n'étant plus paralysé par

la matière, se confond et agit avec elles; et qui comprend finit par

approuver, sinon l'Univers serait une erreur, ce qui n'est pas possible;

une erreur infinie n'étant pas concevable. Je ne crois pas qu'on puisse

imaginer une autre douleur de la pensée pure. La seule qui avant

réflexion paraisse admissible et qui ne serait en tout cas qu'éphémère,

naîtrait au spectacle des peines et des misères qui demeurent sur la

terre quittée. Mais cette douleur, au fond, ne serait qu'un aspect et un

moment insignifiant de la douleur de ne pas pouvoir ou de ne pas

comprendre. Quant à celle-ci, bien qu'elle se trouve non seulement hors

du domaine de notre intelligence, mais encore à d'infranchissables

distances de notre imagination, on en peut dire qu'elle ne serait

intolérable que si elle était sans espoir; il faudrait que l'Univers

renonçât à se connaître ou admît en lui un objet qui y demeurât à jamais

étranger. Ou la pensée n'apercevra pas ses limites et, partant, n'en

souffrira point, ou elle les outrepassera à mesure qu'elle les

apercevra; car, comment l'Univers aurait-il des parties éternellement

condamnées à ne point faire partie de lui-même et de sa connaissance? En

sorte qu'on ne comprend point que le tourment de ne pas comprendre, à

supposer qu'il existe un instant, ne finisse par se confondre avec

l'état de l'infini, qui, s'il n'est pas le bonheur tel que nous

l'entendons, ne saurait être qu'une indifférence plus haute et plus pure

que la joie.

La Mort · 第 56 / 78 题