Ces morts d'aujourd'hui, qu'ont-ils à nous dire? Il est d'abord
remarquable qu'ils paraissent s'intéresser aux événements d'ici-bas
beaucoup plus qu'à ceux du monde où ils se trouvent. Ils semblent avant
tout jaloux d'établir leur identité, de prouver qu'ils existent encore,
qu'ils nous reconnaissent, qu'ils savent tout; et, pour nous en
convaincre, avec une précision, une perspicacité et une prolixité
extraordinaires, ils entrent dans les détails les plus minutieux, les
plus oubliés. Ils sont aussi extrêmement habiles à démêler la parenté
compliquée de celui qui les interroge, d'une personne présente à la
séance ou même d'un inconnu qui entre dans la salle. Ils rappellent les
petites infirmités de celui-ci, les maladies de celui-là, les manies ou
les aptitudes d'un troisième. Ils perçoivent les événements à distance,
ils voient, par exemple, et décrivent à leurs auditeurs de Londres, un
épisode insignifiant qui se déroule au Canada. En un mot, ils disent et
font à peu près toutes les choses déconcertantes et inexplicables qu'on
obtient parfois d'un médium de premier ordre; peut-être même vont-ils un
peu plus loin, mais de tout cela n'émane point je ne sais quelle odeur,
quelle lueur d'outre-mort qu'on nous avait promise et que nous
attendions.
On dira que les médiums ne sont visités que par des esprits inférieurs,
incapables de s'arracher aux soucis terrestres et de s'élever à des
idées plus vastes et plus hautes. Il est possible, et sans doute
avons-nous tort de croire qu'un esprit dépouillé de son corps soit
subitement transformé et devienne, en un instant, l'égal de ce que nous
imaginons; mais ne pourraient-ils tout au moins nous apprendre où ils se
trouvent, ce qu'ils éprouvent, ce qu'ils font?