On peut reconnaître que certaines de leurs hypothèses sont assez
ingénieuses; et ce qu'ils disent du rôle des «Coques», par exemple, ou
des «Élémentals», dans les phénomènes spirites, vaut à peu près nos
maladroites explications fluidiques ou nerveuses. Peut-être, sans doute
même, ont-ils raison quand ils soutiennent que tout autour de nous est
plein de formes et de types vivants et divers, intelligents et
innombrables, aussi «différents entre eux qu'un brin d'herbe et un
tigre, et qu'un tigre et un homme», qui nous coudoient sans cesse et à
travers lesquels nous passons sans nous en apercevoir. Nous allons de
l'un à l'autre extrême. Si toutes les religions ont surpeuplé le monde
d'êtres invisibles, nous l'avons peut-être trop complètement dépeuplé,
et il est fort possible qu'on reconnaisse un jour que l'erreur n'était
pas du côté que l'on croit. Comme le dit fort bien Sir William Crookes,
dans une page curieuse: «Il n'est pas improbable qu'il existe d'autres
êtres pourvus de sens dont les organes ne correspondent pas avec les
rayons de lumière auxquels notre oeil est sensible, mais qui soient
capables de percevoir d'autres vibrations qui nous laissent
indifférents. De tels êtres vivraient en réalité dans un monde qui ne
serait pas semblable au nôtre. Figurez-vous, par exemple, quelle idée
nous nous ferions des objets qui nous entourent, si nos yeux, au lieu
d'être sensibles à la lumière du jour, ne l'étaient qu'aux vibrations
électriques et magnétiques. Le verre et le cristal deviendraient alors
des corps opaques, les métaux seraient plus ou moins transparents, et un
fil télégraphique suspendu dans l'air paraîtrait un trou long et étroit,
traversant un corps d'une solidité impénétrable. Une machine
électro-dynamique en action ressemblerait à un incendie, tandis qu'un
aimant réaliserait le rêve des mystiques du moyen âge et deviendrait une
lampe perpétuelle, brûlant sans se consumer et sans qu'il faille
l'alimenter de quelque manière que ce soit.»
Tout cela, et tant d'autres choses qu'ils affirment, serait, sinon
acceptable, à tout le moins digne d'attention, si ces suppositions
étaient présentées pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire de très anciennes
hypothèses qui remontent aux premiers âges de la théologie et de la
métaphysique humaines; mais dès qu'on les transforme en affirmations
catégoriques et doctrinales, elles deviennent promptement
insupportables.
Ils nous promettent, d'autre part, qu'en exerçant notre esprit, en
raffinant nos sens, en subtilisant notre corps, nous pourrons vivre avec
ceux que nous appelons morts et avec les êtres supérieurs qui nous
entourent. Le tout ne semble pas mener à grand'chose et repose sur des
bases bien fragiles, sur des preuves trop vagues tirées du sommeil
hypnotique, des pressentiments, de la médiumnité, des phantasmes, etc.
Il est assez surprenant que ceux d'entre eux qui s'appellent
«Clairvoyants», qui prétendent être en communication avec ce monde de
désincarnés et avec d'autres mondes plus proches de la divinité, ne nous
apportent rien de probant. Nous demandons autre chose que les théories
arbitraires «de la triade immortelle», des «trois mondes», «du corps
astral», de «l'atome permanent» ou du «Kama-Loka». Puisque leur
sensibilité est plus aiguë, leur perception plus subtile, leur intuition
spirituelle plus pénétrante que la nôtre, pourquoi ne poussent-ils pas
leurs investigations du côté des phénomènes encore trop épars, contestés
mais acceptables de la mémoire prénatale, par exemple, que je cite, au
hasard, entre tant d'autres. Nous ne demandons pas mieux que de nous
laisser convaincre, car tout ce qui ajoute quelque chose à l'importance,
à l'étendue, à la durée de l'homme doit être accueilli avec
satisfaction[2].
[2] Pour connaître l'exacte vérité sur le mouvement et les premières
manifestations néo-théosophiques, lire le très remarquable rapport
rédigé, après une impartiale mais rigoureuse enquête, par le Dr
Hodgson, spécialement envoyé aux Indes par la S. P. R. Il y dévoile
magistralement les fraudes évidentes et souvent grossières de la
célèbre Mme Blavatsky et de tout l'état-major néo-théosophique.
(_Proceedings_, t. III. _Hodgson's Report on Phenomena connected
with Theosophy_, p. 201-400.)