II

On peut reconnaître que certaines de leurs hypothèses sont assez

ingénieuses; et ce qu'ils disent du rôle des «Coques», par exemple, ou

des «Élémentals», dans les phénomènes spirites, vaut à peu près nos

maladroites explications fluidiques ou nerveuses. Peut-être, sans doute

même, ont-ils raison quand ils soutiennent que tout autour de nous est

plein de formes et de types vivants et divers, intelligents et

innombrables, aussi «différents entre eux qu'un brin d'herbe et un

tigre, et qu'un tigre et un homme», qui nous coudoient sans cesse et à

travers lesquels nous passons sans nous en apercevoir. Nous allons de

l'un à l'autre extrême. Si toutes les religions ont surpeuplé le monde

d'êtres invisibles, nous l'avons peut-être trop complètement dépeuplé,

et il est fort possible qu'on reconnaisse un jour que l'erreur n'était

pas du côté que l'on croit. Comme le dit fort bien Sir William Crookes,

dans une page curieuse: «Il n'est pas improbable qu'il existe d'autres

êtres pourvus de sens dont les organes ne correspondent pas avec les

rayons de lumière auxquels notre oeil est sensible, mais qui soient

capables de percevoir d'autres vibrations qui nous laissent

indifférents. De tels êtres vivraient en réalité dans un monde qui ne

serait pas semblable au nôtre. Figurez-vous, par exemple, quelle idée

nous nous ferions des objets qui nous entourent, si nos yeux, au lieu

d'être sensibles à la lumière du jour, ne l'étaient qu'aux vibrations

électriques et magnétiques. Le verre et le cristal deviendraient alors

des corps opaques, les métaux seraient plus ou moins transparents, et un

fil télégraphique suspendu dans l'air paraîtrait un trou long et étroit,

traversant un corps d'une solidité impénétrable. Une machine

électro-dynamique en action ressemblerait à un incendie, tandis qu'un

aimant réaliserait le rêve des mystiques du moyen âge et deviendrait une

lampe perpétuelle, brûlant sans se consumer et sans qu'il faille

l'alimenter de quelque manière que ce soit.»

Tout cela, et tant d'autres choses qu'ils affirment, serait, sinon

acceptable, à tout le moins digne d'attention, si ces suppositions

étaient présentées pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire de très anciennes

hypothèses qui remontent aux premiers âges de la théologie et de la

métaphysique humaines; mais dès qu'on les transforme en affirmations

catégoriques et doctrinales, elles deviennent promptement

insupportables.

Ils nous promettent, d'autre part, qu'en exerçant notre esprit, en

raffinant nos sens, en subtilisant notre corps, nous pourrons vivre avec

ceux que nous appelons morts et avec les êtres supérieurs qui nous

entourent. Le tout ne semble pas mener à grand'chose et repose sur des

bases bien fragiles, sur des preuves trop vagues tirées du sommeil

hypnotique, des pressentiments, de la médiumnité, des phantasmes, etc.

Il est assez surprenant que ceux d'entre eux qui s'appellent

«Clairvoyants», qui prétendent être en communication avec ce monde de

désincarnés et avec d'autres mondes plus proches de la divinité, ne nous

apportent rien de probant. Nous demandons autre chose que les théories

arbitraires «de la triade immortelle», des «trois mondes», «du corps

astral», de «l'atome permanent» ou du «Kama-Loka». Puisque leur

sensibilité est plus aiguë, leur perception plus subtile, leur intuition

spirituelle plus pénétrante que la nôtre, pourquoi ne poussent-ils pas

leurs investigations du côté des phénomènes encore trop épars, contestés

mais acceptables de la mémoire prénatale, par exemple, que je cite, au

hasard, entre tant d'autres. Nous ne demandons pas mieux que de nous

laisser convaincre, car tout ce qui ajoute quelque chose à l'importance,

à l'étendue, à la durée de l'homme doit être accueilli avec

satisfaction[2].

[2] Pour connaître l'exacte vérité sur le mouvement et les premières

manifestations néo-théosophiques, lire le très remarquable rapport

rédigé, après une impartiale mais rigoureuse enquête, par le Dr

Hodgson, spécialement envoyé aux Indes par la S. P. R. Il y dévoile

magistralement les fraudes évidentes et souvent grossières de la

célèbre Mme Blavatsky et de tout l'état-major néo-théosophique.

(_Proceedings_, t. III. _Hodgson's Report on Phenomena connected

with Theosophy_, p. 201-400.)

La Mort · 第 29 / 78 题