I
Mais, avant d'aborder ces questions, il conviendrait, peut-être,
d'étudier deux solutions intéressantes, sinon nouvelles, du moins
renouvelées, du problème de la survivance personnelle. J'entends parler
des théories néo-théosophiques et néo-spirites, qui sont les seules, je
pense, qu'on puisse sérieusement discuter. La première est presque aussi
vieille que l'homme; mais un mouvement d'opinion, assez intense en
certains pays, a rajeuni et remis en lumière la doctrine de la
réincarnation ou de la transmigration des âmes. On ne saurait nier que
de toutes les hypothèses religieuses, la réincarnation est la plus
plausible et celle qui choque le moins notre raison. Elle a pour elle,
ce qui n'est pas négligeable, l'appui des religions les plus anciennes
et les plus universelles, celles qui ont incontestablement fourni à
l'humanité la plus grande somme de sagesse et dont nous n'avons pas
encore épuisé les vérités et les mystères. En réalité, toute l'Asie,
d'où nous vient presque tout ce que nous savons, a toujours cru et croit
encore à la transmigration des âmes. «Il n'est pas, dit fort justement
Annie Besant, l'apôtre remarquable de la Théosophie nouvelle, il n'est
pas une doctrine philosophique qui ait derrière elle un passé aussi
magnifique, aussi chargé d'intellectualité que la doctrine de la
réincarnation. Il n'en est pas qui, autant qu'elle, ait pour elle le
poids de l'opinion des hommes les plus sages; il n'en est pas, comme l'a
déclaré Max Müller, sur laquelle se soient aussi complètement accordés
les plus grands philosophes de l'humanité.»
Tout cela est parfaitement exact. Mais, pour emporter aujourd'hui nos
défiantes convictions, il faudrait d'autres preuves. J'en ai vainement
cherché une seule parmi les meilleurs écrits de nos modernes théosophes.
Tout se borne à des affirmations réitérées et péremptoires qui flottent
dans le vide. Le grand, le principal et, pour tout dire, le seul
argument qu'ils invoquent n'est qu'un argument sentimental. Ils
soutiennent que leur doctrine où l'esprit, dans ses vies successives, se
purifie et s'élève plus ou moins rapidement selon ses efforts et ses
mérites, est la seule qui satisfasse l'irrésistible instinct de justice
que nous portons en nous. Ils ont raison, et, à ce point de vue, leur
justice d'outre-tombe est incomparablement supérieure à celle du ciel
barbare et du monstrueux enfer des chrétiens où sont éternellement
récompensées ou punies des fautes ou des vertus le plus souvent
puériles, inévitables ou fortuites. Mais ce n'est là, je le répète,
qu'un argument sentimental, qui, dans l'échelle des preuves, n'a qu'une
valeur minime.