VI

Un jour ce préjugé nous paraîtra barbare. Ses racines plongent aux

craintes inavouées qu'ont laissées dans le coeur des religions mortes

depuis longtemps dans la raison des hommes. C'est pourquoi les médecins

agissent comme s'ils étaient convaincus qu'il n'est point de torture

connue qui ne soit préférable à celles qui nous attendent dans

l'inconnu. Ils semblent persuadés que toute minute gagnée parmi les

souffrances les plus intolérables est dérobée à des souffrances

incomparablement plus redoutables que réservent aux hommes les mystères

d'outre-tombe; et de deux maux, pour éviter celui qu'ils savent

imaginaire, choisissent le seul réel. Au surplus, s'ils retardent ainsi

la fin d'un supplice, laquelle est, comme le dit le bon Sénèque, ce que

ce supplice a de meilleur, ils ne font que céder à l'erreur unanime qui

renforce chaque jour le cercle où elle s'enferme; la prolongation de

l'agonie accroissant l'horreur de la mort, et l'horreur de la mort

exigeant la prolongation de l'agonie.

La Mort · 第 13 / 78 题