La pièce suivante est du nombre de celles citées par M. de
Lally-Tolendal dans sa lettre au roi de Prusse.
_Copie de la minute d'une séance tenue le 4 août 1792, écrite de la
main de Lally-Tolendal_.
Le 4 août.
M. de Montmorin, ancien ministre des affaires étrangères.--M.
Bertrand, ancien ministre de la marine.--M. de Clermont-Tonnerre.--M.
de Lally-Tolendal.--M. Malouet.--M. de Gouvernet.--M. de Gilliers.
«Trois heures de délibération dans un endroit retiré du jardin de
M. de Montmorin. Chacun rendit compte de ce qu'il avait découvert.
J'avais reçu une lettre anonyme dans laquelle on me dénonçait une
conversation chez Santerre, annonçant le projet de marcher sur les
Tuileries, de tuer le roi dans la mêlée; et de s'emparer du prince
royal pour en faire ce que les circonstances exigeraient; ou, si le
roi n'était pas tué, de faire toute la famille royale prisonnière.
Nous résolûmes tous qu'il fallait que le roi sortît de Paris, à
quelque prix que ce fût, escorté par les Suisses, par nous et par nos
amis, qui étaient en bon nombre. Nous comptions sur M. de Liancourt,
qui avait offert de venir de Rouen au-devant du roi, et ensuite sur
M. de Lafayette. Comme nous finissions de délibérer, arriva M. de
Malesherbes, qui vint presser madame de Montmorin et madame de
Beaumont, sa fille, de se retirer, en disant que la crise approchait,
et que Paris n'était plus la place des femmes. Sur ce que nous dit de
nouveau M. de Malesherbes, nous arrêtâmes que M. de Montmorin allait
sur-le-champ partir pour le château, pour informer le roi de ce que
nous avions su et résolu. Le roi parut consentir le soir, et dit à
M. de Montmorin de causer avec M. de Sainte-Croix, qui, avec M. de
Montciel, s'occupait aussi d'un projet de sortie du roi. Nous allâmes
le lendemain au château; je causai longuement avec le duc de Choiseul,
qui était entièrement de notre avis, et voulait que le roi partît,
à quelque prix que ce fut. Mais Louis XVI fit répondre qu'il ne
partirait point, et qu'il aimait mieux _s'exposer à tous les dangers
que de commencer la guerre civile_. On annonçait que la déchéance
serait prononcée le jeudi suivant. Je ne connus plus d'autres
ressources que l'armée de Lafayette. Je fis partir le 8 un projet de
lettre que je lui conseillais d'écrire au duc de Brunswick, aussitôt
qu'il aurait la première nouvelle de la déchéance, etc.»