Madame Campan rapporte autrement l'entretien de Dumouriez:
«Tous les partis s'agitaient, dit-elle, soit pour perdre le roi, soit
pour le sauver. Un jour je trouvai la reine extrêmement troublée; elle
me dit qu'elle ne savait plus où elle en était, que les chefs des
jacobins se faisaient offrir à elle par l'organe de Dumouriez, et que
Dumouriez, abandonnant le parti des jacobins, était venu s'offrir à
elle; qu'elle lui avait donné une audience; que, seul avec elle, il
s'était jeté à ses pieds, et lui avait dit qu'il avait enfoncé le
bonnet rouge jusque sur ses oreilles, mais qu'il n'était ni ne pouvait
être jacobin; qu'on avait laisser rouler la révolution jusqu'à cette
canaille de désorganisateurs qui, n'aspirant qu'après le pillage,
étaient capables de tout, et pourraient donner à l'assemblée une armée
formidable, prête à saper les restes d'un trône déjà trop ébranlé. En
parlant avec une chaleur extrême, il s'était jeté sur la main de
la reine, et la baisait avec transport, lui criant: _Laissez-vous
sauver_. La reine me dit que l'on ne pouvait croire aux protestations
d'un traître; que toute sa conduite était si bien connue, que le plus
sage était, sans contredit, de ne point s'y fier; que d'ailleurs les
princes recommandaient essentiellement de n'avoir confiance à aucune
proposition de l'intérieur... etc.»
(Tome II, page 202.)
Le récit de cet entretien est ici, comme on le voit, différent à
quelques égards, cependant le fond est le même. Seulement, en passant
à travers la bouche de la reine et celle de madame Campan, il a dû
prendre une couleur peu favorable à Dumouriez. Celui de Dumouriez
peint d'une manière plus vraisemblable les agitations de l'infortunée
Marie-Antoinette; et comme il n'a rien d'offensant pour cette
princesse, ni rien qui ne s'accorde avec son caractère, je l'ai
préféré. Il est possible néanmoins que la présomption de Dumouriez
l'ait porté à recueillir de préférence les détails les plus flatteurs
pour lui.