C'est madame Campan qui s'est chargée de nous apprendre que le roi
avait une correspondance secrète avec Coblentz.
«Pendant que des courriers portaient les lettres confidentielles du
roi aux princes ses frères et aux princes étrangers, l'assemblée fit
inviter le roi à écrire aux princes, pour les engager à rentrer en
France. Le roi chargea l'abbé de Montesquiou de lui faire la lettre
qu'il voulait envoyer. Cette lettre, parfaitement écrite, d'un style
touchant et simple, analogue au caractère de Louis XVI, et remplie
d'argumens très forts sur l'avantage de se rallier aux principes de
la constitution, me fut confiée par le roi, qui me chargea de lui en
faire une copie.
«A cette époque, M. Mor----, un des intendans de la maison de
Monsieur, obtint de l'assemblée un passeport pour se rendre près du
prince, à raison d'un travail indispensable sur sa maison. La reine
le choisit pour porter cette lettre, elle voulut la lui remettre
elle-même, et lui en fit connaître le motif. Le choix de ce courrier
m'étonnait: la reine m'assura qu'il était parfait; qu'elle comptait
même sur son indiscrétion, et qu'il était seulement essentiel que
l'on eût connaissance de la lettre du roi à ses frères. _Les princes
étaient sans doute prévenus par la correspondance particulière_.
Monsieur montra cependant quelque surprise; et le messager revint plus
affligé que satisfait d'une semblable marque de confiance qui pensa
lui coûter la vie pendant les années de terreur.»
(_Mémoires de madame Campan_, tome II, page 172. )