(_Lepidium sativum_ L.)
Petite Crucifère annuelle à saveur âcre et piquante employée comme
plante condimentaire depuis les temps les plus reculés. On la mêle aux
salades; on en garnit les viandes rôties.
Son origine est incertaine. De Candolle cite de nombreux botanistes qui
l’ont recueillie dans l’Europe orientale, en Afrique et surtout en Asie,
mais ils ne paraît pas qu’ils l’aient trouvée à l’état franchement
spontané. Le Cresson alénois, très rustique, s’est naturalisé partout;
il se ressème de lui-même et s’échappe des cultures. De Candolle est
porté à croire que la plante est originaire de Perse, d’où elle a pu se
répandre à une époque ancienne dans les jardins de l’Inde, de la Syrie,
de la Grèce, de l’Egypte et jusqu’en Abyssinie[533].
[533] _Origine des pl. cultivées_, 4e éd. p. 69.
Il semble bien que ce soit le _Kardamon_ de Théophraste et de
Dioscoride, puisque _Kardamon_ est le nom vulgaire du Cresson alénois
dans la Grèce moderne. Cette herbe, au goût acre et brûlant, a été
souvent mentionnée par les auteurs grecs et latins; ces derniers
l’appelaient _Nasturtium_.
Pline explique que _Nasturtium_ vient de _nasus torsus_, c’est-à-dire
plante qui fait tordre le nez par son acrimonie[534]. Dans le Languedoc,
on appelle le Cresson alénois Nasitor. A cause de ses propriétés
excitantes, cette Crucifère passait, chez les Anciens, pour donner de la
subtilité d’esprit aux sots et aussi du courage: «Mange du
_Nasturtium_», disait-on ironiquement au paresseux ou au lâche.
[534] Pline, _Hist. nat._ l. XX, 42.
Au moyen âge, le Cresson alénois devait être un condiment populaire.
Guillaume de la Villeneuve, poète qui a mis en vers les _Cris de Paris_,
nous apprend qu’on le vendait couramment dans les rues au XIIIe siècle:
«Vey ci bon cresson orlenois»
L’ancienne forme française du mot alénois a été diversement expliquée.
La plupart des dictionnaires étymologiques font venir _orlenois_
d’Orléans, comme signifiant Cresson d’Orléans, ce qui n’est guère
probable, attendu que le Cresson alénois se trouvait partout. Pour
d’aucuns, ce serait plutôt un dérivé par barbarisme de l’adjectif latin
_hortense_, soit Cresson de jardin, de même qu’_ortulane_, adjectif
analogue employé jusqu’au XVIe siècle, mais celui-ci a une formation
régulière. Il est vrai que la plante s’appelait en latin _Nasturtium
hortense_, Cresson de jardin, pour la distinguer du Cresson de fontaine.
Les Anglais et les Allemands disent toujours _Garden Cress_,
_Garten-Kresse_, c’est-à-dire Cresson de jardin.
Nous admettrons plutôt qu’alénois dérive du vieux français _alenaz_,
_aleinas_, petit poignard, poinçon, petite alène, allusion à la saveur
extrêmement piquante de la plante.
Par suite de sa culture très ancienne, le Cresson alénois cultivé
présente quelque différence avec la plante sauvage; ses feuilles sont
plus larges et d’un vert plus foncé. La jolie variété _à feuilles
frisées_ est ancienne; elle est mentionnée par Bauhin, de même celle _à
larges feuilles_[535]. Le Cresson alénois _doré_, sous-variété du
Cresson _à larges feuilles_ et qui se distingue par la teinte jaunâtre
de son feuillage, est moderne. Les ouvrages horticoles n’en parlent qu’à
partir du premier quart du XIXe siècle.
[535] _Phytopinax_ (1596), pp. 160, 161;--_Pinax_ (1623), pp. 103,
104.