25 _juin._--Chez Durieu. Photographies et dessins d'après le _Bohémien._

Dans un intervalle, j'ai été voir à Saint-Sulpice ce qu'Andrieu a

tracé. Tout s'ajuste à merveille, et je crois que cela ira fort bien;

le départ est excellent.

J'aime assez de temps en temps ces parties qui me tient de chez moi:

cela dissipe et renouvelle. Voilà, par parenthèse, deux dimanches de

suite que j'y vais; j'y ai déjeuné les deux fois, moi qui ne peux

avaler un morceau ordinairement et dans l'habitude de mon atelier.

C'est ce que j'ai éprouvé avec surprise pendant mon séjour chez

Berryer. La distraction, la conversation, l'esprit mis hors de son

ornière habituelle, agissent sur le corps.

*

26 _juin._--Point d'entrain toute cette journée.--Dauzats venu avec M.

Bonnet, de Bordeaux.

Je trouve ceci dans un article de Sainte-Beuve sur saint Martin, qui

est un résumé des idées de ce dernier sur l'âme: «Selon lui, l'âme

humaine, toute déchue et altérée qu'elle est, est le plus grand et

le plus invincible témoin de Dieu; elle est un témoin de Dieu bien

autrement parlant que la nature physique, tellement que le vrai athée

(s'il y en a) est celui qui méconnaît sa grandeur et en conteste

l'immortelle spiritualité: le propre de l'âme de l'homme, tant elle a

conservé de royales marques de sa hauteur première, est de ne vivre que

d'admiration, et ce besoin d'admiration dans l'homme suppose au-dessus

de nous une source inépuisable de cette même admiration qui est notre

aliment de première nécessité.»

Il y a donc confiance que ce témoin perpétuel de Dieu, l'âme humaine,

gagnera à l'épreuve de la révolution, etc.

*

27 _juin._--Dîné chez Riesener avec Vieillard.--Presque achevé, dans la

journée, le _Cavalier arabe_ et le _Tigre_ de Weill. Arnoux[349] venu

dans la journée. Il me parle du projet d'exposition de Delamarre[350].

Il dit que le _Massacre_[351] n'a pas gagné au dévernissage, et je

suis presque de son avis, sans avoir vu. Le tableau aura perdu la

transparence des ombres comme ils ont fait avec le Véronèse et comme

il est presque immanquable que cela arrive toujours. Haro dit qu'il

dévernit en lavant et non en frottant au doigt. S'il faisait cela, il

aurait vaincu une grande difficulté. En attendant, il m'a gâté les

portraits de mes deux frères enfants, par l'oncle Riesener.

*

28 _juin._--Travaillé le matin à l'_Arabe et l'enfant à

cheval_[352].--Boissard venu. Ensuite Villot; sa vue la fait plaisir.

Ils sont tous surpris de tout ce que je fais. Je leur dis qu'au lieu de

me promener, comme la plupart des artistes, je passe mon temps dans mon

atelier.

Penser à demander à Riesener mon étude d'arbres sur papier. Lui

emprunter ses croquis et des études de paysage de Frépillon et autres,

pour la fraîcheur du ton. Aussi celle de Valmont pour le sujet des

_Deux Chevaliers_ et des _Nymphes_, de la _Jérusalem._

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Journal de Eugène Delacroix, Tome 2 (de 3) 1850-1854 · 第 44 / 56 题