Béatrice se rendit dans la tour solitaire du Trésor. Là, personne
n'entrait qu'elle et le duc.
Prenant la lumière des mains du page Ricciardetto, elle lui ordonna de
l'attendre à la porte, pénétra dans la haute et sombre salle, obscure
et froide comme un caveau, s'assit, prit la liasse de lettres, la posa
sur la table et elle s'apprêtait à les lire, lorsque, avec un
sifflement aigu, grognant et ricanant, le vent s'engouffra dans la
tour par l'âtre de la cheminée monumentale, hurla et faillit éteindre
le cierge. Puis, tout à coup, régna un lourd silence. Et il sembla à
Béatrice qu'elle distinguait les sons lointains de la musique du bal
et aussi, celui presque imperceptible des chaînes de fer, en bas, dans
le souterrain où se trouvait la prison.
Et, au même moment, elle sentit que, derrière elle, dans le coin
sombre, quelqu'un se tenait. La peur s'empara d'elle. Elle savait
qu'elle ne devait pas regarder. Mais elle ne put résister et se
retourna. Dans le coin sombre se tenait celui qu'elle avait déjà vu
une fois--long, long, long et plus noir que la nuit,--la tête inclinée
sous une cagoule qui cachait son visage. Elle voulut crier, appeler
Ricciardetto, mais sa voix s'étrangla. Elle se leva pour se
sauver--ses jambes fléchirent. Elle tomba à genoux et murmura:
--Toi... toi encore... pourquoi?
Lentement il leva la tête.
Et elle vit, non pas le visage effrayant du défunt duc Galéas, mais
vraiment son visage et entendit sa voix:
--Pardonne... pauvre... pauvre femme.
Il fit un pas vers elle, un froid sépulcral lui souffla à la figure.
Elle poussa un cri déchirant, inhumain et perdit connaissance.
Ricciardetto accourut, la vit privée de sens, étendue sur les dalles.
Il se précipita à travers les couloirs sombres à peine éclairés par
les lanternes sourdes des veilleurs, puis à travers les salles de
fêtes, il chercha le duc en criant:
--Au secours! au secours!
Minuit venait de sonner. La folie dirigeait le bal. On venait de
commencer la danse à la mode durant laquelle les cavaliers et les
dames passaient en farandole sous «l'Arc des Amoureux fidèles». Un
homme, qui représentait le génie de l'Amour, se tenait sur la cime de
l'arc, armé d'une longue trompe. Au pied, se massaient les juges.
Lorsque approchaient les «amoureux fidèles», le génie les accueillait
par une suave musique. Les juges les laissaient passer avec joie. Les
infidèles, par contre, tentaient de vains efforts: la trompe les
assourdissait, les juges les accablaient de confetti et les
malheureux, sous une pluie de railleries, étaient forcés de fuir.
Le duc venait de passer sous l'arc, accompagné des sons les plus
suaves, comme le plus fidèle des amants.
A cet instant la foule s'écarta; Ricciardetto entrait en courant dans
la salle, gémissant:
--Au secours! au secours!
Apercevant le duc, il se précipita vers lui.
--Quoi? qu'y a-t-il? demanda Ludovic.
--Votre Altesse... la duchesse est malade... Vite... vite..., venez!
--Malade?... encore!... où? Parle distinctement!
--Dans la tour du Trésor...
Le duc se prit à courir si vite, que la chaîne d'or de son cou
bruissait à chaque pas et que sa perruque sursautait sur sa tête.
Le génie de l'amour, sur le faîte de l'arc, continuait à sonner de la
trompe. Enfin, il s'aperçut qu'en bas se passait quelque chose
d'insolite et se tut.
Plusieurs seigneurs coururent derrière le duc et subitement, toute la
foule ondula, s'élança vers les portes, comme un troupeau de moutons
saisis de panique. On renversa l'arc. Le sonneur de trompe eut à peine
le temps de sauter et se foula la jambe.
Quelqu'un cria:
--Le feu!
--Voilà, je disais bien qu'on ne devait pas jouer avec le feu! dit en
se lamentant la dame qui n'approuvait pas Léonard.
Une autre glapit et s'évanouit.
--Tranquillisez-vous, il n'y a pas d'incendie, assuraient les uns.
--Alors, qu'est-ce? demandaient les autres.
--La duchesse est malade...
--Elle se meurt! on l'a empoisonnée! déclara un seigneur qui crut
aussitôt, lui-même, à son mensonge.
--Impossible! La duchesse était ici à l'instant et dansait...
--Ne savez-vous pas? La veuve du duc Jean Galéas, Isabelle d'Aragon,
pour venger son mari...
--Un poison lent et sûr...
De la salle voisine parvenaient les sons de la musique. Là, on ne
savait rien encore. Durant la danse «Vénus et Zeus», les dames avec
un sourire charmeur promenaient leurs cavaliers par une chaîne d'or,
comme des prisonniers, et lorsqu'ils tombaient devant elles, en
soupirant langoureusement, elles leur posaient le pied sur la tête,
telles des conquérantes.
Un chambellan accourut, fit de grands gestes et cria aux musiciens:
--Taisez-vous, taisez-vous! La duchesse est malade.
Tout le monde se retourna. La musique se tut. Seule, une viole, sur
laquelle jouait un sourd, longtemps égrena encore ses notes grêles.
Des laquais passèrent vivement, portant un lit étroit, long, muni d'un
matelas dur, composé de deux planches transversales pour la tête, de
deux poignées pour les mains, et d'une traverse pour les pieds. Ce lit
était conservé de temps immémorial dans les garde-robes du palais et
avait servi pour les couches de toutes les duchesses de la maison
Sforza. Étrange et menaçant paraissait ce grabat, transporté ainsi
sous le feu des lumières du bal, au-dessus des têtes de toutes ces
femmes en pompeux atours.
Tout le monde comprit.
--Si c'est une peur ou une chute, observa une vieille dame, il
faudrait immédiatement lui faire avaler un blanc d'oeuf cru, mêlé à de
la soie pourpre effilochée.
Une autre assurait que la soie pourpre n'avait aucune action,
l'important était d'avaler sept germes d'oeuf de poule délayés dans un
jaune.
Cependant, Ricciardetto, entrant dans une des salles du haut,
entendit derrière la porte de la chambre voisine un si terrible
gémissement, qu'il s'arrêta interdit et demanda à l'une des servantes
qui passait portant du linge, des bassinoires et des cruches d'eau
chaude:
--Qu'est-ce?
Elle ne lui répondit pas.
Une vieille, sage-femme probablement, le regarda sévèrement et lui
dit:
--Va-t'en, va-t'en. Tu barres le chemin, tu gênes... Ce n'est pas ici
la place des gamins.
La porte s'entr'ouvrit un instant et Ricciardetto vit, dans le fond de
la pièce, parmi le désordre des vêtements et de linge arrachés, celle
qu'il adorait d'un amour sans espoir; elle avait le visage rouge,
suant, avec des mèches de cheveux collées au front et la bouche
ouverte d'où s'échappait un râle continu.
L'adolescent pâlit et cacha sa tête dans ses mains.
A côté de lui, bavardaient, à voix basse, des commères, des bonnes,
des rebouteuses, des accoucheuses. Chacune avait son remède!
L'une proposait d'envelopper la jambe droite de la malade dans de la
peau de serpent; l'autre, de l'asseoir sur une bassine de fonte emplie
d'eau bouillante; la troisième, d'attacher sur son ventre le chaperon
de son mari; la quatrième, de lui faire boire de l'alcool filtré sur
une poudre de corne de cerf et de graine de cochenille.
--La pierre d'aigle, sous l'aisselle droite; la pierre d'aimant sous
l'aisselle gauche, mâchonnait une vieille édentée, cela, ma petite
mère, c'est la première chose à faire. La pierre d'aigle ou bien une
émeraude.
De la chambre sortit le duc. Il tomba sur une chaise et, tenant sa
tête à deux mains, sanglota comme un enfant:
--Seigneur! Seigneur! Je ne peux plus... je ne peux plus! Bice!...
Bice!... A cause de moi, maudit.
Il se souvenait que, dès qu'elle l'avait aperçu, la duchesse avait
crié d'une voix colère:
--Va-t'en!... va chez ta Lucrezia!
La vieille édentée s'approcha de lui, tenant une assiette en
fer-blanc.
--Daignez manger, monseigneur.
--Qu'est-ce?
--De la chair de loup. Il y a une raison à cela: dès que le mari aura
mangé de la chair de loup, l'accouchée se sentira mieux. La chair de
loup, c'est la première chose à faire.
Le duc, avec une expression soumise et distraite, s'efforçait d'avaler
le morceau de viande noire et dure qui s'arrêtait dans sa gorge.
La vieille, inclinée au-dessus de lui, marmonnait:
«Notre père
Sept loups et une louve mère,
Qui êtes aux cieux et sur la terre;
Vent lève-toi et notre mal
Emporte vite dans le canal.
«Au nom de la très Sainte-Trinité consubstantielle et éternelle. Notre
mot sera fort. Amen!»
Le médecin principal, Luigi Marliani, accompagné de deux autres
docteurs, sortit de la pièce. Le duc se précipita à leur rencontre.
--Eh bien?
Ils se taisaient.
--Monseigneur, dit enfin Luigi, toutes les mesures sont prises. Nous
espérons que le Seigneur dans sa grande miséricorde...
Le duc lui saisit la main.
--Non, non!... Il doit y avoir un remède... Au nom de Dieu, tentez
quelque chose!...
Les médecins se regardèrent comme des augures, sentant qu'il fallait
le calmer.
Marliani, en fronçant sévèrement les sourcils, dit en latin au jeune
docteur au visage impertinent:
--Trois onces de limaces de rivière, mêlées à de la muscade et à du
corail rouge pillé.
--Peut-être une saignée? observa le vieillard à l'air très bon.
--La saignée? j'y avais songé, continua Marliani, mais
malheureusement, Mars est dans le signe du Cancer, dans la quatrième
sphère solaire. De plus, l'influence d'une date impaire...
Le vieillard soupira et se tut.
--Ne croyez-vous pas, maître, demanda le jeune docteur aux yeux
rieurs, qu'il faudrait ajouter aux limaces de la fiente de mars... de
la fiente de vache?
--Oui, consentit Luigi de la fiente de vache...
--Oh! Seigneur! Seigneur! gémit le duc.
--Votre Altesse, lui dit Marliani, calmez-vous, je puis vous assurer
que tout ce que la science...
--Au diable, la science! cria tout à coup le duc en serrant les
poings. Elle se meurt, entendez-vous? elle se meurt! Et vous parlez
ici de bouillon de limaces et de fiente de vache!... Misérables! Je
vous ferai tous pendre!
Et, mortellement triste, il erra par la chambre, écoutant la plainte
continue.
Subitement son regard tomba sur Léonard. Il le prit à part:
--Écoute, murmura-t-il, comme dans un songe, sans se rendre compte de
ses paroles, écoute, Léonard, tu vaux plus qu'eux tous. Je sais que tu
possèdes de grands secrets... Non, non, ne réponds pas... Je sais...
Ah! mon Dieu! ce cri!... Que voulais-je dire? Oui, oui, aide-moi, mon
ami, fais quelque chose... Je donnerais mon âme pour la soulager...
pour ne pas entendre ce cri!...
Léonard voulut répondre. Mais le duc ne s'occupait déjà plus de lui,
et s'était élancé à la rencontre de chanoines et de moines.
--Enfin! Dieu merci! Qu'apportez-vous?
--Une partie des reliques de saint Ambrosio, la ceinture de sainte
Marguerite, la dent de saint Christophle, un cheveu de la Vierge.
--Bon! bon! allez prier!
Le More voulut pénétrer avec eux dans la pièce, mais un cri perçant,
un râle terrifiant retentit, alors il se boucha les oreilles et
s'enfuit, traversant les salles sombres, jusqu'à la chapelle
faiblement éclairée. Là, il tomba à genoux.
--J'ai péché, sainte Mère de Dieu, j'ai péché, maudit! J'ai empoisonné
un innocent adolescent, le duc légitime Jean Galéas!... Mais, Tu es
miséricordieuse, Protectrice unique, entends ma prière et
pardonne-moi! Je donnerai tout, je me repentirai de tout, prends mon
âme... mais sauve-la!
Des bribes de pensées stupides se pressaient dans son cerveau et
l'empêchaient de prier. Il se souvint d'un récit qui l'avait fait rire
récemment. Un marinier se sentant perdu dans un coup de tempête,
promit à la Vierge Marie un cierge haut comme le mât du navire et,
lorsque son camarade lui demanda où il prendrait la cire nécessaire
pour ce cierge phénoménal: «Tais-toi, lui avait-il répondu, pourvu que
nous nous sauvions maintenant, nous aurons le temps d'y songer plus
tard. Du reste, j'espère que la Madone se contentera d'un cierge plus
petit.»
--A quoi vais-je penser! se dit le duc. Deviendrais-je fou?
Il fit un effort pour se ressaisir et de nouveau pria.
Mais les brillantes sphères de cristal, les soleils transparents,
tournèrent devant ses yeux au son d'une musique douce et du refrain
obsédant de _l'Enfant doré_:
Je reviendrai parmi vous,
Sur l'ordre du More.
Puis tout s'effaça. Lorsqu'il s'éveilla, il lui sembla qu'il n'avait
dormi que deux ou trois minutes. Mais, lorsqu'il sortit de la
chapelle, il vit, à travers les fenêtres ternies par la neige, le jour
gris d'un matin d'hiver.
X
Le duc revint dans les salles du petit palais Rocchetto. Partout
régnait un pénible silence. Il croisa une femme qui portait des
langes. Elle s'approcha de lui et dit:
--Son Altesse est délivrée.
--Elle est vivante? balbutia le More pâlissant.
--Oui. Mais l'enfant est mort. Son Altesse est très faible et désire
vous voir. Venez.
Il entra dans la chambre et aperçut, sur les coussins, le visage
minuscule, pareil à celui d'une fillette, calme, étrangement connu et
étranger à la fois. Il s'inclina au-dessus d'elle.
--Envoie chercher Isabelle... vite! dit tout bas Béatrice.
Le duc donna des ordres. Quelques instants après, une grande femme
élancée, à l'expression fière et triste, la duchesse Isabelle
d'Aragon, la veuve de Jean Galéas, entra dans la chambre et s'approcha
de l'agonisante. Tout le monde sortit, sauf le confesseur et Ludovic
qui s'éloignèrent dans un coin de la pièce.
Les deux femmes causèrent à voix basse. Puis Isabelle embrassa
Béatrice en prononçant des paroles de pardon et s'agenouillant, le
visage dans les mains, pria.
Béatrice, de nouveau, appela son mari.
--Vico, pardonne-moi. Ne pleure pas. Souviens-toi... Je ne te quitte
pas... Je sais que moi seule...
Elle n'acheva pas. Mais il comprit ce qu'elle voulait dire: «Je sais
que tu n'as aimé que moi seule.»
Elle fixa sur lui un regard lent, infini et murmura:
--Embrasse-moi.
Le duc effleura le front de sa femme de ses lèvres. Elle voulut dire
quelque chose, ne le put et soupira seulement:
--Sur la bouche.
Le moine commença à lire la prière des agonisants.
Les intimes revinrent dans la chambre.
Le duc, pendant ce long baiser d'adieu, sentait se glacer les lèvres
de sa femme et dans un dernier embrassement reçut le dernier soupir de
sa compagne.
--Elle est morte! murmura Marliani.
Tous s'agenouillèrent en se signant. Le duc lentement se releva. Son
visage était impassible. Il exprimait non pas la douleur, mais une
terrible tension. Il respirait péniblement et précipitamment, comme
dans une dure ascension. Tout à coup, il leva brusquement les bras,
cria: «Bice», et s'effondra sur le cadavre.
De tous ceux qui se trouvaient là, seul Léonard conserva son calme. De
son regard clair et scrutateur il observait le duc. En de pareils
instants la curiosité de l'artiste dominait tout. L'expression d'une
grande douleur dans la figure humaine, dans les mouvements du corps,
lui paraissait un sujet précieux, une nouvelle et superbe
manifestation de la nature. Pas une ride, pas un frémissement des
muscles n'avaient échappé à son regard impartial et clairvoyant.
Il désirait le plus vite possible inscrire dans son livre le visage du
duc, défiguré par le désespoir. Il descendit dans les appartements
inférieurs.
Les bougies achevaient de se consumer et de larges larmes de cire
glissaient sur le parquet. Dans une des salles, il enjamba l'Arc des
fidèles amoureux, piétiné, informe. Sous le jour froid, piteuses et
sinistres semblaient les pompeuses allégories qui glorifiaient le More
et Béatrice, les chars triomphaux de Numa Pompilius, d'Auguste, de
Trajan et du siècle d'Or. Il s'approcha de la cheminée éteinte, se
convainquit qu'il ne se trouvait personne dans la salle, sortit son
livre de sa poche et commença à dessiner, lorsque subitement il
aperçut, sous le manteau de l'âtre, le gamin qui avait incarné le
siècle d'Or. Il dormait, engourdi par le froid, ramassé sur lui-même,
crispé, les genoux encerclés dans ses bras, la tête sur les genoux. Le
dernier souffle chaud des cendres ne pouvait ranimer son corps nu et
doré.
Léonard lui toucha doucement l'épaule. L'enfant ne leva pas la tête et
gémit seulement plaintivement. L'artiste le prit dans ses bras. Le
gamin ouvrit de grands yeux effarés, pareils à des violettes, et
pleura:
--A la maison, à la maison...
--Où habites-tu? Comment t'appelles-tu? demanda Léonard.
--Lippo. A la maison... Oh! que j'ai mal!... que j'ai froid!
Ses paupières se refermèrent. Il balbutia en rêve:
Bientôt parmi vous, bientôt,
En une beauté nouvelle,
Je reviendrai parmi vous,
Sur l'ordre du More,
Insouciant siècle d'Or!
Retirant sa cape de dessus ses épaules, Léonard y enveloppa l'enfant,
le plaça sur un fauteuil, alla dans le vestibule, réveilla les
domestiques qui avaient profité du désarroi pour s'enivrer et
dormaient comme des masses à terre, et apprit de l'un d'eux que Lippo
était le fils d'un pauvre veuf, boulanger dans la Broletto Novo, qui
moyennant vingt sous avait loué le gamin pour représenter le triomphe,
bien qu'on l'eût prévenu que le petit pouvait être empoisonné par la
dorure. L'artiste alla rechercher son manteau de fourrure, revint vers
Lippo, l'y entortilla soigneusement, avec l'intention de passer chez
un pharmacien acheter les ingrédients nécessaires pour enlever la
dorure et de rapporter l'enfant chez lui, il quitta le palais.
Tout à coup, il se rappela le dessin commencé, la curieuse expression
de désespoir sur le visage du duc.
--Cela ne fait rien, songea Léonard, je ne l'oublierai pas. Le
principal, les rides au-dessus des sourcils arqués haut, et l'étrange,
lumineux et presque enthousiaste sourire sur les lèvres, celui-là même
qui rend si ressemblantes les expressions humaines d'incommensurable
douleur et de joie infinie--d'après le témoignage de Platon, divisées
en bases dont les cimes se joignent.
Il sentit le gamin frissonner.
«Notre siècle d'Or», pensa l'artiste avec un triste sourire.
--Mon pauvre petit oiseau! murmura-t-il avec une pitié infinie.
Et enveloppant plus chaudement le gamin, il le serra contre sa
poitrine si tendrement, si câlinement, que l'enfant malade rêva que sa
mère défunte le caressait et le berçait.