Quand on a participé à cette illusion des grandes âmes, et qu'on l'a
vue s'éteindre, on a trop vécu; on prend en dégoût l'Europe où ces
scènes se sont passées, on désire oublier ou renouveler sa vie dans un
autre continent! On cherche un désert en Asie pour passer en vivant
entre les pensées de Dieu et l'oubli des hommes.
C'est ce que je ne comprenais pas encore en 1830, quand je fus reçu
par lady Stanhope, et que je la crus une sublime insensée. C'est ce
que je comprends aujourd'hui. Le devoir de sauver à tout prix honnête
mes amis et mes créanciers en France m'a ramené et me retient dans ma
patrie par un lien que Dieu seul connaît.
Mais l'âme de lady Stanhope a passé dans la mienne, et mourir dans un
désert d'Asie, au sein d'une contemplation de Dieu, de la nature, et
loin des hommes d'Europe, est le dernier de mes voeux!