Autant qu'il nous en souvient, car nous écrivons ceci sans document
daté sous les yeux, et seulement de mémoire, dans la solitude d'une
campagne isolée, M. de Marcellus quitta Londres, peu de temps après
que M. de Polignac y fut arrivé, comblé des marques de satisfaction du
roi. Il fallait lui donner une compensation dans un poste diplomatique
en chef; il méritait qu'on lui en trouvât un: on créa ce poste auprès
d'un prince de la maison de Bourbon d'Espagne, fils de la reine
d'Étrurie, qui régnait alors à Lucques et qui devait, après
Marie-Louise, régner à Parme.
M. de Marcellus venait alors d'épouser, à Paris, une femme d'une
naissance éminente, d'un esprit héréditaire, d'une beauté remarquée
dans son siècle, mademoiselle de Forbin, fille du comte de Forbin,
directeur des musées, homme dont les agréments de figure, les succès
de salon ou de cour sous deux règnes, l'esprit épigrammatique, et les
talents en peinture et dans les lettres, faisaient un ornement de
l'époque impériale, dépaysé dans le royalisme de la Restauration.
Madame de Duras eut la première idée de cette alliance. Madame de
Marcellus, extrêmement jeune encore, suivit son mari, plus grave et
plus mûr, dans les cours d'Italie. Je l'avais entrevue enfant pendant
mes courts séjours à Mâcon, dans des fêtes chez ma mère, comme un
éblouissement précoce d'aurore qui promet une splendeur de beauté plus
tard; quand la beauté tient ses promesses, elle devient monumentale,
et ce fragile monument de la nature devient immortel et classique par
le souvenir.