Les pensées de l'ambassadeur et du secrétaire se confondaient dans le
même royalisme décidé. Ils voulaient l'un et l'autre la gloire pour
les Bourbons, et par conséquent la guerre d'Espagne. Périr pour périr,
ils préféraient périr par une honteuse défection de l'armée, plutôt
que de périr à petit feu par une lâche condescendance aux jalousies de
l'Angleterre. Ils n'avaient aucun secret l'un pour l'autre.
M. de Marcellus et M. Canning étaient liés par les goûts littéraires
communs que le premier ministre anglais avait conservés de son premier
métier de journaliste. Ils traitaient ensemble dans la langue
classique grecque et latine les affaires secondaires qui sont, sous un
ambassadeur négligent, des détails de la compétence des secrétaires
dans les grandes ambassades. Ces fréquentes occasions de se voir et de
s'entendre avaient noué entre M. Canning et M. de Marcellus une amitié
aussi familière que la politique en permet entre hommes de deux
nations rivales.
M. Canning avait une fille unique, douée d'autant de beauté que
d'agréments d'esprit. Le bruit courut à Londres que le ministre voyait
sans ombrage un gendre futur dans le jeune Français assidu dans ses
salons. Mais, diplomate avant tout, il ne voulait plaire qu'autant que
cette liaison avec la famille de M. Canning ne coûterait rien à ses
devoirs politiques de Français et de partisan de l'intervention
européenne en Espagne.
Sa fidélité à M. de Chateaubriand, son honneur et son ambition, lui
faisaient facilement dominer le goût éphémère qu'on lui supposait
pour la fille du ministre anglais. Entre le cabinet de M. Canning et
son salon, il y avait pour lui l'Espagne; la liaison n'alla jamais
plus loin que l'intérêt des affaires. M. de Chateaubriand, loin de
prendre ombrage de cette intimité entre son premier secrétaire et le
ministre qu'il caressait alors pour l'amener au congrès, redoubla de
confiance, et fit de M. de Marcellus son confident et son envoyé à
Paris.
M. de Marcellus partit, vit M. de Villèle, et lui persuada de
satisfaire l'ambition du grand poëte en l'associant à M. de
Montmorency et à M. de la Ferronays, pour complaire à l'orgueil
diplomatique de M. de Chateaubriand et pour décorer l'ambassade.