XX.

Les pensées de l'ambassadeur et du secrétaire se confondaient dans le

même royalisme décidé. Ils voulaient l'un et l'autre la gloire pour

les Bourbons, et par conséquent la guerre d'Espagne. Périr pour périr,

ils préféraient périr par une honteuse défection de l'armée, plutôt

que de périr à petit feu par une lâche condescendance aux jalousies de

l'Angleterre. Ils n'avaient aucun secret l'un pour l'autre.

M. de Marcellus et M. Canning étaient liés par les goûts littéraires

communs que le premier ministre anglais avait conservés de son premier

métier de journaliste. Ils traitaient ensemble dans la langue

classique grecque et latine les affaires secondaires qui sont, sous un

ambassadeur négligent, des détails de la compétence des secrétaires

dans les grandes ambassades. Ces fréquentes occasions de se voir et de

s'entendre avaient noué entre M. Canning et M. de Marcellus une amitié

aussi familière que la politique en permet entre hommes de deux

nations rivales.

M. Canning avait une fille unique, douée d'autant de beauté que

d'agréments d'esprit. Le bruit courut à Londres que le ministre voyait

sans ombrage un gendre futur dans le jeune Français assidu dans ses

salons. Mais, diplomate avant tout, il ne voulait plaire qu'autant que

cette liaison avec la famille de M. Canning ne coûterait rien à ses

devoirs politiques de Français et de partisan de l'intervention

européenne en Espagne.

Sa fidélité à M. de Chateaubriand, son honneur et son ambition, lui

faisaient facilement dominer le goût éphémère qu'on lui supposait

pour la fille du ministre anglais. Entre le cabinet de M. Canning et

son salon, il y avait pour lui l'Espagne; la liaison n'alla jamais

plus loin que l'intérêt des affaires. M. de Chateaubriand, loin de

prendre ombrage de cette intimité entre son premier secrétaire et le

ministre qu'il caressait alors pour l'amener au congrès, redoubla de

confiance, et fit de M. de Marcellus son confident et son envoyé à

Paris.

M. de Marcellus partit, vit M. de Villèle, et lui persuada de

satisfaire l'ambition du grand poëte en l'associant à M. de

Montmorency et à M. de la Ferronays, pour complaire à l'orgueil

diplomatique de M. de Chateaubriand et pour décorer l'ambassade.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 233 / 256 题