J'envoyai demander au bey turc Youssouf-Bey, commandant de l'Attique,
la permission de monter à la citadelle avec mes amis, et de visiter le
Parthénon. Il m'envoya un janissaire pour m'accompagner.
Nous partîmes à cinq heures du matin, accompagnés de M. Gropius.
Tout se tait devant l'impression incomparable du Parthénon, ce temple
des temples bâti par Ietinus, ordonné par Périclès, décoré par
Phidias; type unique et exclusif du beau, dans les arts de
l'architecture et de la sculpture; espèce de révélation divine de la
beauté idéale reçue un jour par le peuple artiste par excellence, et
transmise par lui à la postérité en blocs de marbre impérissables et
en sculptures qui vivront à jamais.
Ce monument, tel qu'il était avec l'ensemble de sa situation, de son
piédestal naturel, de ses gradins décorés de statues sans rivales, de
ses formes grandioses, de son exécution achevée dans tous ses détails,
de sa matière, de sa couleur, lumière pétrifiée; ce monument écrase,
depuis des siècles, l'admiration sans l'assouvir. Quand on en voit ce
que j'en ai vu seulement, avec ses majestueux lambeaux mutilés par les
bombes vénitiennes, par l'explosion de la poudrière sous Morosini, par
le marteau de Théodore, par les canons des Turcs et des Grecs, ses
colonnes en blocs immenses touchant ses pavés, ses chapiteaux
écroulés, ses triglyphes et ses statues emportées par les agents de
lord Elgin, sur les vaisseaux anglais, ce qu'il en reste est suffisant
pour que je sente que c'est le plus parfait poëme écrit en pierre sur
la face de la terre; mais encore, je le sens aussi, c'est trop petit!