LI.

Au Parthénon il ne reste plus que deux figures, Mars et Vénus, à demi

écrasées par deux énormes fragments de corniche qui ont glissé sur

leurs têtes; mais ces deux figures valent pour moi à elles seules

plus que tout ce que j'ai vu en sculpture de ma vie: elles vivent

comme jamais toile ou marbre n'a vécu. On souffre du poids qui les

écrase; on voudrait soulager leurs membres qui semblent plier en se

roidissant sous cette masse; on sent que le ciseau de Phidias

tremblait, brûlait dans sa main, quand ces sublimes figures naissaient

sous ses doigts.

On sent (ce n'est point une illusion, c'est la vérité, vérité

douloureuse!) que l'artiste infusait de sa propre individualité, de

son propre sang, dans les formes, dans les veines des êtres qu'il

créait, et que c'est encore une partie de sa vie qu'on voit palpiter

dans ces formes vivantes, dans ces membres prêts à se mouvoir, sur ces

lèvres prêtes à parler.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 190 / 256 题