Jamais rien de si éclatant n'avait encore brillé à mes yeux. (Je
n'avais pas encore vu alors les gigantesques temples de Balbek ou de
Palmyre.)
--Qu'est-ce que ce cap de marbre sur lequel viennent écumer et bleuir
là-bas les rayons du soleil et l'azur du ciel? demandai-je au
capitaine Blanc, navigateur très-érudit et très-lettré de ces
parages.--C'est l'Acropolis d'Athènes, me répondit-il; c'est le
Parthénon conçu par Périclès, construit par Ictinus, et sculpté par
Phidias.
On conçoit mon émotion: pendant tout le reste de la navigation
jusqu'au Pirée, le port d'Athènes, alors dépeuplé et solitaire, ce ne
fut qu'un regard sur le Parthénon. Un coup de vent nous jeta avant la
nuit dans le port; des chevaux de Thessalie nous emportèrent vers la
ville. Le lendemain, je m'éveillai dans un groupe de ruines amoncelées
qui étaient Athènes à cette époque; quelques heures après, je
gravissais la voie Sacrée qui serpente autour de la montagne de
l'Acropolis, dont le Parthénon forme le diadème et porte son défi à
l'avenir!
Non, rien de tout cela. Sur votre tête vous voyez s'élever
irrégulièrement de vieilles murailles noirâtres, marquées de taches
blanches. Ces taches sont du marbre, débris des monuments qui
couronnaient déjà l'Acropolis avant sa restauration par Périclès et
Phidias.
Ces murailles, flanquées de distance en distance d'autres murs qui les
soutiennent, sont couronnées d'une tour carrée byzantine et de
créneaux vénitiens. Elles entourent un large mamelon qui renfermait
presque tous les monuments sacrés de la ville de Thésée. À l'extrémité
de ce mamelon, du côté de la mer Égée, se présente le Parthénon, ou le
temple de Minerve, vierge sortie du cerveau de Jupiter.
Ce temple, dont les colonnes sont jaunâtres, est marqué çà et là de
taches d'une blancheur éclatante: ce sont les stigmates du canon des
Turcs ou du marteau des iconoclastes; sa forme est un carré long; il
semble de loin trop bas et trop petit pour sa situation monumentale.
Il ne dit pas de lui-même: C'est moi; je suis le Parthénon, je ne puis
être autre chose. Il faut le demander à son guide, et, quand il vous a
répondu, on doute encore.