«Dans ces cités républicaines, et spécialement dans la plus
démocratique, l'art exerçait une sorte de magistrature; les images en
bronze et en marbre des hommes illustres, en même temps qu'elles
servaient de luxe sévère à la place publique, portaient dans tous les
coeurs l'enthousiasme et l'émulation. L'Athénien qui se rendait de sa
maison à l'assemblée du peuple rencontrait partout sur son passage les
figures des divinités protectrices de la cité, celles des magistrats
et des héros révérés pour leur courage et pour leurs vertus civiques
et patriotiques; il s'avançait au milieu de la majesté de ces
souvenirs comme sous les portiques d'un temple; et la Vénération,
comme une muse de la religion et de la patrie, se levait à son
approche du pied des statues, et l'accompagnait à travers la ville
jusqu'au lieu consacré par la solennité des délibérations populaires.
«Il y avait de ces simulacres aux abords des temples, dans les
portiques, dans les agoras; les rues et les chemins étaient bordés de
ces statues de forme quadrangulaire nommées Hermès, du nom de la
divinité qu'elles représentaient et dont Pausanias attribue
l'invention aux Athéniens.
«L'art mêlait ses beautés à celles de la nature. Platon nous montre,
au commencement du _Phédon_, une fontaine voisine de l'Ilissus, qu'un
agnus-castus ombrage de ses rameaux odorants, et autour de laquelle
sont des statues du fleuve Achéloüs et de ses nymphes; c'est là que
Socrate s'assied avec son jeune disciple et qu'ils s'entretiennent
philosophiquement de l'amour et de la beauté, au chant harmonieux des
cigales. On voit, par l'énumération que fait Pausanias d'une partie
des statues qui décoraient de son temps l'Altis à Olympie, combien le
nombre en a dû être considérable. Mais c'est surtout dans les temples
que les chefs-d'oeuvre de la sculpture étaient prodigués.»