«Chez les peuples religieux, et en général dans les pays où le
développement individuel est entravé par l'état social, l'architecture
est l'art dominant. De même que la sculpture est l'art individuel et
philosophique, l'architecture est un art social et religieux. Là où le
peuple languit sous un despotisme sacerdotal ou monarchique, le génie
national suffit souvent et parfois excelle à produire ces monuments
d'une grandeur solide, qui témoignent hautement de la puissance
publique, comme chez les Égyptiens, les Phéniciens, les Assyriens,
les Perses. Ces édifices gigantesques, dont la grandeur imposante
étonne l'esprit et le refoule sur lui-même, plein d'une crainte
mystérieuse, ressemblent aux nations endormies sous l'oppression des
religions d'État et du despotisme oriental. Rien ne s'y détache de
l'ensemble en saillie indépendante; la sculpture, comprimée et rigide,
n'est là que l'accessoire, parfois colossal, de l'architecture.
«Cependant cet ensemble n'est pas un tout harmonique. La disproportion
est le caractère de cette architecture, auquel la sculpture répond par
la monstruosité; mais l'incohérence, la bizarrerie des parties,
disparaissent dans la puissance et la grandeur de la masse, de même
que chez les peuples de l'Orient le génie individuel est absorbé par
le génie social.