Écoutons ce qu'il écrit:
«Il y a pour les arts des époques pour ainsi dire organiques. Ce sont,
entre toutes, celles où une civilisation nouvelle sort de la barbarie.
À ces époques, l'esprit humain, s'éveillant d'un long sommeil, comme
Adam dans l'Éden, contemple avec un naïf étonnement les merveilles au
milieu desquelles il habitait sans les voir, et, à l'aspect de tant de
beautés nouvelles, sent en lui des émotions et des facultés inconnues.
«Ce sont les âges d'or de l'histoire. J'ignore si la sculpture
reverra jamais le siècle de Périclès, ou la peinture celui de Léon X.
«Ce que je sais, c'est que le concours le plus extraordinaire de
circonstances favorables, et, en quelque sorte, la plus admirable
conjonction d'étoiles propices, était nécessaire pour créer, sous sa
constellation passagère, la fécondité merveilleuse et la prodigieuse
beauté de ces grands siècles de l'art. La culture la plus intelligente
ne saurait jamais remplacer ce mouvement naturel et spontané d'une
société qui tend à faire de l'art la principale affaire de tout un
peuple et la suprême expression de sa vie nationale. De telles
circonstances ne se sont rencontrées que deux fois dans l'histoire: la
première fois, elles ont porté à la gloire les noms de Phidias, de
Polyclète, de Praxitèle; la seconde fois, elles ont élevé au-dessus de
toutes les renommées contemporaines les noms de Léonard de Vinci, de
Titien, de Raphaël et de Michel-Ange.