Quelques riches amateurs de Venise, frappés de ses dispositions,
l'avaient encouragé, soutenu, adopté: il avait répondu à leurs
espérances par des ébauches devenues classiques en naissant. Un
faible secours d'argent de ses protecteurs lui avait facilité l'accès
et le séjour de Rome; son nom y avait surgi peu à peu de ses oeuvres.
Bientôt les mausolées de l'amiral vénitien Emo, et les mausolées plus
mémorables de deux papes, avaient élevé ce nom au-dessus des noms
rivaux de son siècle. Celui du pape Clément XIV plaça Canova dans un
style bien différent, mais presque au niveau de Michel-Ange. Nous
disons style, et aucun mot n'exprime plus justement l'analogie de la
plume avec le ciseau. Michel-Ange avait été le Bossuet, Canova était
devenu le Fénelon de ces oraisons funèbres en marbre.
J'ai passé autant d'heures de contemplation délicieuses au pied du
mausolée de Clément XIV, à Saint-Pierre, entre le Génie de la Mort et
les lions de la force au repos, que j'en ai passé au pied du mausolée
de Julien de Médicis, par Michel-Ange, à San-Lorenzo de Florence.